Contre les guerres qui engendrent le terrorisme, pour les droits sociaux et démocratiques, en finir avec le capitalisme.
12 jours après la tuerie monstrueuse de Nice qui a fait 84 morts et 331 blessés le 14 juillet, une autre attaque terroriste a eu lieu à Saint-Etienne du Rouvray, près de Rouen, elle aussi revendiquée par Daesch. Deux hommes ont pénétré dans une église et égorgé un prêtre.
Dans l’intervalle, 4 attaques avaient eu lieu en Allemagne. La plus meurtrière, une fusillade qui a fait 9 morts à Munich, a été perpétrée par un jeune homme fasciné par Anders Breivik, le militant de l’extrême droite norvégienne qui, 5 ans auparavant jour pour jour, avait massacré 77 personnes dans la région d’Oslo. Deux autres, un attentat suicide qui a fait 15 blessés dans une petite ville de Bavière et une attaque à la machette dans un train qui a blessé 5 personnes, ont été revendiqués par Daesch.
En difficultés sur le plan militaire en Syrie, Daesch a étendu le champ de ses attaques terroristes. A Dacca, la capitale du Bangladesh, 28 personnes, la plupart des touristes étrangers, ont été égorgées lors d’une prise d’otages dans un hôtel début juillet. A Kaboul, en Afghanistan, le 23 juillet, un attentat suicide à la fin d’une manifestation a tué 80 personnes et en a blessé 230 autres. En Irak, les attentats terroristes sont quotidiens. Celui du 3 juillet, dans un quartier commerçant du centre de Bagdad, qui visait, selon Daesch, un rassemblement chiite, a été particulièrement meurtrier, 292 morts et 200 blessés.
A propos du livre Stratégie et parti, continuité et actualité de la question
Le texte de Daniel Bensaïd Stratégie et parti, écrit en 1986, vient d’être réédité accompagné de longues préface et postface signées d’Ugo Palheta et de Julien Salingue[1]. Quand ces derniers, tous deux membres et militants du NPA, écrivent, « Recommencer et faire du neuf suppose donc en premier lieu de se réapproprier les débats stratégiques qui ont parcouru le mouvement ouvrier depuis les années 1830, de revenir sur les séquences révolutionnaires passées (sans négliger les périodes de faible conflictualité sociale et de basse intensité politique), en somme de construire une mémoire stratégique », on ne peut que souscrire.
Cette tâche s’appuie sur une continuité d’appréciations et d’enseignements qui constituent notre capital politique, nos références en tant que courant trotskyste, nos propres racines. Il est important de construire cette continuité, de retrouver le fil rouge qui relie nos combats pour être en mesure d’écrire la suite.
A propos de l'attentat de Nice
Ce numéro de Débat révolutionnaire consacré au mouvement et à ses suites parait en ce 15 juillet comme cela était prévu alors qu’un terrible attentat a eu lieu, hier soir à Nice, faisant 84 morts et 18 blessés graves. Nous exprimons notre solidarité avec les victimes, leurs familles, leurs proches face à cette violence terroriste, aveugle, meurtrière et barbare contre la population.
Elle ne peut que semer la haine et la peur, diviser et dresser les peuples les uns contre les autres au profit des forces les plus réactionnaires et de ceux qui les dominent et les oppriment, ici comme au Moyen Orient, en Afrique ou dans le monde. Elle fournit un terreau aux préjugés nationalistes, chauvins, racistes et militaristes.
Capitaliser les acquis du mouvement pour préparer les prochaines étapes de l’affrontement
Heureux de son défilé, Hollande n’avait rien à dire, ce 14 juillet, aux salariés, aux classes populaires. L’arriviste Macron a pour lui, comme pour les journalistes, bien plus d’importance. Affichant son indifférence arrogante, il a justifié sa loi Travail qui valait bien beaucoup d’impopularité ! Que lui importe la démocratie, il est là pour servir les patrons et les banques, il entend continuer et voudrait même remettre ça pour un quinquennat.
La semaine précédente, Valls avait sans surprise sonné la fin de la farce parlementaire avec un deuxième 49-3. Pitoyable victoire… tandis que les prétendus frondeurs et alliés affichaient une nouvelle fois leur inconsistance à la recherche d’une motion de censure dont de toute évidence personne ne voulait…
La CGT entre radicalité et intérêts d'appareil, formuler une politique pour l'ensemble de la classe ouvrière
Ces derniers mois, la CGT a suscité un véritable flot d’insultes vu la place qu’elle a occupée dans la lutte contre la loi travail : « casseurs », « chienlit », jusqu’à Gattaz qui a assimilé les militants CGT à des « voyous » et des « terroristes » !
Au-delà de la haine de classe de tous ces privilégiés, s’exprime une réalité politique. De fait, après 4 mois de mouvement pour le retrait de la loi Travail, Martinez et la CGT tournent le dos à la politique de quasi-soutien à Hollande menée par la centrale depuis 2012.
"Séparation du Medef et de l'Etat"... on fait comment ?
Le mot d’ordre de la « Séparation de l’Etat et du Medef » est apparu dans le cours du mouvement notamment en avril dans un appel issu des « nuitdeboutistes » pour une journée où il s'agissait « d'attaquer le Medef à coup de tomates », un gag symbolique certes, mais qui désignait les vrais responsables de la loi travail : « prenons-nous en au véritable commanditaire, le MEDEF, au nom duquel nos droits et la démocratie sont foulés au pied [...] Mettons le Medef en accusation et imaginons ensemble ce que serait notre loi ! » (Appel du 21 avril).
Ils n'ont pas réussi à étouffer le mouvement, le combat continue...
Quatre mois après le début de la mobilisation, alors que les pressions et provocations policières s’amplifient, que le gouvernement, le patronat et la droite, tous aussi décomplexés, redoublent de morgue… et malgré l’acharnement de l’intersyndicale à « dialoguer », le mouvement refuse de se laisser étouffer. Les tentatives n’ont pourtant pas manqué.
Au lendemain de la 11ème journée nationale, Valls s’est payé le luxe de recevoir un à un les syndicats dits représentatifs pour « faire un point » et « parler »… précisant pour qui n’aurait pas compris qu’il ne s’agissait en rien de « la réouverture d'un cycle de négociations » après que Hollande a redit qu’il « ira jusqu’au bout ».
Qu’importe… les syndicats reçus n’ont pas caché leur satisfaction qu’on leur ouvre enfin la porte de Matignon. Après avoir accepté à Paris un « parcours » de manifestation dans un bocal le 23 juin, puis de défiler dans un nouveau carcan policier le 28, restant muets face aux interpellations de militants qui se multiplient et aux nasses policières (dont celle à Paris de la Bourse du travail !)… ils se sont rendus tout sourire à la convocation, Martinez expliquant « si le Premier ministre nous reçoit, c'est qu'il a des réponses à nous donner »…
Face à la montée des idées réactionnaires, au Brexit, à la crise de l'Europe capitaliste, une politique internationaliste
Il serait pour le moins illusoire, aveugle et dangereux de voir dans la victoire du « leave » quoi que ce soit de positif pour les travailleurs et les classes populaires. Qu’elle soit un camouflet pour Cameron et les dirigeants de l’UE comme Merkel ou Hollande n’enlève rien au fait qu’elle est avant tout un succès pour les idées réactionnaires, une victoire de l’extrême droite. Marine Le Pen ne s’y est pas trompée qui a immédiatement exulté de joie à l’annonce des résultats.
Le Premier ministre conservateur David Cameron, qui a fait campagne pour le « remain » et qui, battu, a immédiatement annoncé sa démission prochaine, avait promis ce referendum avant les dernières élections législatives sous la pression des xénophobes de l’UKIP en pleine progression à qui il espérait reprendre des voix. Un de ses arguments essentiels pour le « remain » était qu’il avait réussi à obtenir de l’Union européenne en février un accord pour déroger au droit communautaire qui impose de verser les mêmes allocations sociales aux travailleurs étrangers européens que celles versées aux salariés du Royaume-Uni.
Crise politique en Espagne, revers de Podemos ou la nécessité d’un parti anticapitaliste et révolutionnaire
Les élections législatives du 26 juin en Espagne n’auront pas fait beaucoup évoluer la situation parlementaire issue de celles de décembre 2015.Le Parti Populaire de Rajoy arrive de nouveau en tête avec 33,28 % des voix et 137 sièges (14 de plus qu’en décembre), loin cependant des 176 sièges constituant la majorité absolue. Il a certainement bénéficié du recul de Ciudadanos (C’s), son clone politique version « jeune », qui perd 400 000 voix et passe de 40 à 32 sièges. Le PSOE arrive en seconde position (22,83 %, 85 sièges). Il a perdu 600 000 voix et 8 sièges par rapport à décembre, mais n’a pas connu la déroute annoncée par les sondages qui le donnaient derrière Unidos Podemos, coalition d’Izquierda unida et Podemos qui s’étaient présentés séparément en décembre et avaient obtenu, respectivement, 2 et 69 sièges. Leur regroupement obtient le même nombre de sièges, 71, mais perd plus d’un million de voix, reculant de 24,3 à 21,6 % des suffrages.
Comme en décembre donc, aucun des quatre partis arrivés en tête n’a la majorité, et les transactions au sommet se sont ouvertes, avec également les partis à implantation locale (Pays Basque, Catalogne,…) qui ont quelques députés au parlement national.
Débat et démocratie révolutionnaires pour préparer l’étape d’après…
Ce premier numéro de Démocratie révolutionnaire paraît alors que le mouvement contre la loi travail est loin d’avoir épuisé ses possibilités et ses ressources. Nous l’y consacrons pour analyser ses forces et ses faiblesses, ouvrir la discussion pour en dégager ses enseignements et surtout les tâches nouvelles qui s’offrent aux anticapitalistes et révolutionnaires.
En effet à travers le mouvement s’opèrent de profondes transformations dans les consciences dont les évolutions et approfondissements dépendront pour beaucoup de la politique que les révolutionnaires mèneront.
Le mouvement non seulement exprime un profond mécontentement, une révolte contre l’offensive sans fin du patronat et de son Etat contre les droits des salariés, mais il prend une signification politique particulière de par le contexte général dans lequel il intervient. Il s’inscrit dans une montée de la contestation engendrée par la crise permanente dans laquelle est entré le capitalisme depuis 2007-2008 et initiée par les révolutions arabes, le mouvement des indignés ou Occupy Wall Street, comme la révolte du peuple grec…
Il est un moment de rupture.
Il n’est plus comme l’étaient les mouvements de 2003 ou 2010 un mouvement défensif canalisé par les directions syndicales dans une période où la gauche pouvait encore représenter une issue, une réponse aux yeux du monde du travail.
Il est d’abord la rupture des classes populaires avec le PS et avec les politiques d’union de la gauche incluant le PC. Ce dernier déjà fortement affaibli se trouve ainsi lui-même complètement déstabilisé tant il est vrai qu’il ne pouvait satisfaire ses ambitions électorales et institutionnelles qu’en mettant ses forces au service du parti issu de la social-démocratie tel qu’il avait pu survivre à travers des décennies de reniements et mensonges au service des classes possédantes.
Si le PS est en train de mourir, le PC est lui moribond, sans autres perspectives pour la présidentielle que de passer sous les fourches caudines de Mélenchon.
L’aboutissement d’une longue évolution qui s’accompagne aussi d’un profond recul au sein du monde du travail.
Dans le même temps, commence à renaître une contestation du capitalisme globalisé, libéral et impérialiste, une nouvelle conscience de classe commence à se forger.
A travers le mouvement se confrontent le passé et l’avenir. Une nouvelle génération s’engage dans la lutte sociale et politique alors qu’une large fraction du monde du travail se libère de la démoralisation engendrée par la politique du PS, l’impuissance de feu le Front de gauche et la politique du dialogue social des directions syndicales.
Le projet du rassemblement des anticapitalistes et des révolutionnaires prend, dans ce contexte, une signification toute particulière.
Offrir aux uns et aux autres un cadre politique, militant, ouvert et démocratique pour intervenir dans les luttes de classe, s’approprier les idées de l’émancipation, le socialisme et le communisme révolutionnaire, participer à la perspective de la transformation révolutionnaire de la société, est une nécessité militante.
Y répondre suppose que notre parti, le NPA, sorte de ses ambiguïtés où souvent le gauchisme se combine avec l’opportunisme dans une grande difficulté à s’affirmer comme parti de la classe ouvrière, parti pour la transformation révolutionnaire de la société, socialiste, communiste révolutionnaire. Cette faiblesse est, pour une part, la conséquence de l’orientation dite des « Partis larges » ou « stratégiquement non délimités » héritée de la tendance la plus importante du NPA, celle de la majorité de la IVième Internationale.
La richesse du NPA est d’avoir réussi à regrouper différents groupes et tendances révolutionnaires dans un même parti. C’est une richesse mais en même temps une grande difficulté si les habitudes des uns et des autres l’emportent sur le nécessaire souci de trouver ce qui rassemble pour penser, si chacun fait la théorie de lui-même plutôt que d’agir et construire ensemble, voire si les rivalités de courants prennent le dessus.
Faire du NPA un cadre ouvert sur l’extérieur, ouvert au mouvement, à la jeune génération comme aux plus anciens qui regardent vers l’anticapitalisme suppose de dépasser ces difficultés, faiblesses, limites. Nous avons besoin de faire vivre la plus large démocratie respectant la liberté d’expérimentation, confrontant les expériences. Le mouvement est de ce point de vue un point d’appui, son aile la plus militante porte une profonde aspiration démocratique, une volonté qui combine l’action collective et les initiatives les plus diverses.
Cette démocratie nous est aussi nécessaire pour élaborer ensemble une politique, une stratégie qui permette de rassembler à partir de l’analyse du stade actuel de développement du capitalisme, de ses nouvelles contradictions nées de la mondialisation libérale et impérialiste, des enjeux inédits liés à la crise écologique et climatique. Nous avons besoin de donner son actualité au programme révolutionnaire d’un point de vue internationaliste, de repenser comme une question actuelle la stratégie révolutionnaire tant du point de vue de la construction du parti que des chemins du pouvoir et les possibilités du socialisme.
Démocratie révolutionnaire veut contribuer à ce projet par le débat et la discussion.
Celle-ci ne connaît pas de frontières de parti, elle se mène au sein du NPA mais aussi avec nos camarades de Lutte ouvrière, l’ensemble de l’extrême-gauche ou avec celles et ceux qui, militants de l’ex-Front de gauche, militants syndicalistes, libertaires, jeunes, travailleurs…, cherchent des réponses aux questions que suscitent la régression engendrée par la politique des classes dominantes et de leur Etat comme les limites et contradictions du mouvement de ce printemps.
Nous nous situons dans la continuité de Débat révolutionnaire que nous avions choisi d'interrompre en mars 2012 à l’occasion de la première campagne présidentielle de Philippe Poutou pour y prendre toute notre place, faisant le pari qu'elle pourrait permettre au NPA de sortir de la crise provoquée par la scission de la Gauche anticapitaliste qui avait alors rejoint le Front de gauche avant de se dissoudre dans Ensemble.
Le mouvement révolutionnaire ne peut pas dans les mois qui viennent recommencer les erreurs qui l’ont empêché de jeter les bases d’un véritable parti des travailleurs quand, au début de ce siècle, l’extrême-gauche, LO et la LCR, rassemblaient plus de 10% de l’électorat lors de l’élection présidentielle de 2002. Incapables ou ne voulant pas œuvrer au rassemblement des anticapitalistes et des révolutionnaires, elles n’ont pas voulu, su ou pu saisir l’occasion, laissant la place, au final, au Front de gauche, aux antilibéraux réformistes. Le NPA est le résultat d’une volonté de dépasser ces faiblesses, cela reste notre projet.
Ce printemps 2016 donne aux révolutionnaires de nouvelles responsabilités. Nous devons apporter des réponses aux interrogations politiques comme aux besoins militants qui sont nés du mouvement en participant à la continuité du marxisme militant.
Démocratie révolutionnaire prendra sa place dans ce travail militant.



