Alors que la pandémie du Covid19 comme la crise sociale et économique n’ont fait qu’aggraver la situation des petits agriculteurs et des marins-pêcheurs, la nouvelle réforme de la PAC (la politique agricole commune) devrait être votée au Parlement européen cette semaine. Cette nouvelle version est dénoncée à juste titre par nombre d’associations ou de syndicats paysans car, selon une représentante de la Plateforme « Pour une Autre PAC », « elle soutient toujours massivement l’industrialisation de l’agriculture ». Cette « industrialisation » dénoncée par les défenseurs d’une agriculture paysanne c’est d’abord et avant tout la conséquence de l’intégration de l’agriculture et de la pêche à la folie de la mondialisation financière capitaliste qui soumet toutes les activités humaines, dont celle fondamentale de « nourrir l’Humanité », à la seule logique de la course au profit.

La crise récurrente de l’agriculture et de la pêche révèle toute l’incapacité du capitalisme mondialisé non seulement à garantir une vie décente à tous les travailleurs de la terre et de la mer, mais aussi à fournir une alimentation de qualité à l’ensemble de la population mondiale et même tout simplement à éradiquer la faim alors que le nombre de personnes menacées de famine a doublé depuis le début de la pandémie.

Samedi prochain, 17 octobre, la Marche nationale des sans-papiers dont les différents cortèges venus de tout le pays se réuniront à Paris place de la République, avec aussi tous les collectifs de sans-papiers et leurs soutiens, plus de 270 organisations et associations, manifestera en direction de l’Elysée pour des papiers et le logement pour tou.te.s, la fermeture des centres de rétention. Ce 17 octobre, anniversaire du massacre de centaines d’Algériens par la police française en 1961.

Les chiffres le démontrent sans aucune ambiguïté, la pandémie frappe en premier lieu les personnes les plus fragiles socialement, les plus précarisées, et parmi elles les 600 000 sans-papiers estimé.e.s dans le pays, les plus exploité.e.s, qui en plus de survivre dans la plus grande insécurité sanitaire et sociale, vivent pour la plupart dans la peur du contrôle policier et de l’expulsion.

La crise sanitaire a jeté une lumière crue sur la situation des travailleurs pauvres qui s’est dégradée brutalement pendant le confinement. Les services d’assistance sociale et les associations humanitaires ont été débordés par le nombre de demandes, d’aide alimentaire en particulier à laquelle avaient déjà recours 5,5 millions de personnes avant l’épidémie dont une majorité de femmes (56,4 % des personnes aidées selon un bilan sur 2018 du Secours Catholique, et 39,2 % de mères isolées). Dans son dernier bilan, le Secours Populaire estime qu’entre mars et mai 2020, ses permanences d'accueil ont été sollicitées par 1,27 million de personnes contre 3,3 millions sur toute l'année 2019. Parmi ces demandeurs, 45 % sont de nouveaux venus. « Un chiffre absolument énorme », a indiqué Henriette Steinberg, une des responsables de l’association, « Nous n'avons jamais vécu une situation pareille depuis la Deuxième Guerre mondiale, et il y a urgence […] Beaucoup n'avaient jamais demandé d'aide à personne. Et là, non seulement ils n'ont plus de quoi se nourrir, mais ils ne peuvent plus payer leur loyer ni l'électricité ». Le nombre de personnes en dessous du seuil de pauvreté, vivant donc avec moins de 1063 euros par mois, devrait augmenter de plus d’un million, passant ainsi à plus de 10,3 millions.

Après avoir fait mine de tergiverser et d’attaquer à travers ce qu’il appelait « tous les séparatismes », les « suprémacistes blancs » ou l’intégrisme catholique, Macron a désigné vendredi dernier comme seule cible de la loi qu’il prévoit de présenter en conseil des ministres le 9 décembre prochain, jour du 115è anniversaire de la loi sur la laïcité de 1905, « l’islamisme radical ».

« Qu’est-ce qui aujourd’hui, dans notre société, met en danger notre République, notre capacité à vivre ensemble », a-t-il feint de s’interroger, « c'est le séparatisme islamiste ». En désignant un ennemi intérieur, l’islamisme radical, il cherche à retourner contre nous le produit de sa propre politique, du chaos et des ravages causés à travers le monde par l’intervention des grandes puissances, dont la France, le désespoir et la haine aussi sécrétés par la pauvreté, le chômage, le mépris et le racisme. Bien conscient qu’il stigmatise ainsi les musulmans ou tous ceux prétendus tels, Macron se met dans la peau de Le Pen, occupe son terrain dans la continuité du racisme anti-arabe repeint pour l’occasion aux couleurs hypocrites de la laïcité et des valeurs de la République… la continuité de la République coloniale bénie par la papauté. 

Alors que des services hospitaliers, tels qu’à Paris ou Marseille, recommencent à déprogrammer une partie de leur activité pour prendre en charge des patients malades du Covid, que des médecins réanimateurs disent leur hantise de devoir faire des « choix » par manque de lits, le gouvernement gesticule et joue la panique pour mieux tenter de masquer son incurie. Ministres, préfets, directeurs d’agences de santé, médecins et « experts » de tous poils s’agitent sur les chaînes d’infos, commentant chacun sa courbe.

Il était évident que le virus n’allait pas miraculeusement disparaître, que la probabilité était grande d’un rebond sous une forme ou une autre. Comme il est évident que, aussi utiles soient-ils, les masques, les énièmes explications sur l’art de les porter, les distances ou le gel hydro-alcoolique ne peuvent répondre aux urgences que pose l’épidémie… Des réponses rendues impossibles par l’anarchie du système de santé, le démantèlement méthodique de l’hôpital public au profit du privé depuis des décennies, son asphyxie par le biais de la dette pour le plus grand bonheur de la finance, et par la mainmise des multinationales et d’intérêts privés sur l’ensemble de la production de biens et de services en rapport avec la santé…

Mercredi dernier, à l’issue d’un conseil de défense et de sécurité nationale, le ministre de la Santé, Olivier Véran a annoncé une avalanche de restrictions et d’interdictions allant jusqu’à la fermeture complète dans les Bouches du Rhône et en Guadeloupe des bars et des restaurants. Ces mesures dont l’incohérence et l’absurdité n’échappent à personne quand les salariés doivent se rendre à leur travail quoi qu’il en coûte, quand les classes et les amphis sont surchargés et les transports bondés, suscitent un mécontentement légitime même s’il offre un terrain à tous les démagogues populistes.

L’incohérence d’une politique de classe

Macron et le gouvernement, affaiblis par des déboires en série à LREM, perdent pied face à l’augmentation des contaminations. Ils craignent une accélération de l’épidémie avec les mêmes conséquences catastrophiques qu’au printemps dernier. Incapables d’avoir une réelle politique sanitaire, ils confinent par petits bouts par peur d’être dans l’obligation de confiner à nouveau. Ils veulent montrer qu’ils agissent mais sont en fait impuissants si ce n’est pour cultiver les peurs et anxiétés. Leur politique n’est qu’injonction méprisante et bluff, comme lorsqu’ils ont annoncé triomphalement qu’un million de tests par semaine seraient effectués alors que sur le terrain, c’est la pagaille, l’engorgement des centres de dépistage sans les moyens d’en avoir les résultats assez rapidement pour qu’ils aient la moindre efficacité. Cette incurie obéit à une logique sociale, leur refus de remettre un tant soit peu en cause la médecine libérale pour coordonner une politique de santé et leur seule réelle préoccupation, servir avant tout les intérêts des multinationales qui mettent l’économie et la société en coupe réglée.

En cette rentrée, la pandémie du covid-19, aggravée par la logique du profit et de la concurrence, continue de dominer la situation reléguant, dans les esprits, au second plan ses conséquences économiques et sociales en lien avec la faillite en cours du capitalisme. Elle engendre une exacerbation des tensions sociales, l’accentuation de l’offensive des classes possédantes et de leurs États contre les exploités comme, en retour, une explosion à travers le monde du mécontentement et des mouvements de révolte. Ici, même si les classes dominantes, Macron parviennent à contenir la situation, le mécontentement, les colères sont profonds bien que encore dominés par la pandémie, l'inquiétude économique et surtout par l'absence de perspectives.

La multinationale japonaise Bridgestone a annoncé mercredi dernier sa décision de fermer définitivement son usine de Béthune qui emploie 863 salariés. Aux dires mêmes de ses dirigeants la crise déclenchée par la pandémie n’est qu’un prétexte, l’usine était depuis plusieurs mois la cible d’un plan de restructuration mondiale du groupe. Comme Auchan, Beneteau, General Electric, et bien d’autres qui ont annoncé des plans sociaux, Bridgestone a touché des millions d’euros de subventions publiques depuis sa création, 1,8 million d’euros au titre du CICE l’an dernier. Depuis des années l’Etat distribue des milliards aux entreprises, au nom de l’emploi, sans aucune condition. Un récent rapport du CNRS a pointé que loin du « million d’emplois » promis par Gattaz, le CICE mis en place sous Hollande a coûté 18 milliards d’euros par an pour n’aboutir qu’à la création d’au maximum 160 000 emplois, ce qui revient à plus de 130 000 euros par emploi créé !

Avec la pandémie, ces aides à fonds perdus ont pris une toute nouvelle ampleur, les 100 milliards du dernier plan de relance n’ont fait que se rajouter aux 470 milliards d’euros du plan d’urgence déployé au début de la crise.

Des milliards de cadeaux pour le patronat, un tsunami de licenciements pour le monde du travail

Depuis le 1er mars il y a eu près de 51 000 licenciements dans le cadre de plans sociaux soit près de trois fois plus qu’en 2010. A cela s’ajoutent les licenciements individuels, les non-renouvellements de CDD ou d’intérims, les faillites des « auto-entrepreneurs » qui vont continuer à s’amplifier. 715 000 emplois ont ainsi été détruits sur le premier semestre 2020.

L’incendie du plus grand camp de réfugiés en Europe sur l’île grecque de Lesbos, ses suites, sont une nouvelle expression de la violence, de la sauvagerie du capitalisme. 12 700 personnes y étaient prises au piège des politiques xénophobes des gouvernements européens, de leurs rivalités et tractations sordides alors qu’elles fuient la misère, la guerre, les geôles. Des conditions de vie insoutenables aggravées par la pandémie, provoquant des révoltes. Malgré les ravages de l’incendie, plus de 5 500 femmes, hommes, enfants y sont encore maintenus prisonniers dans le plus grand dénuement. Après trois jours de « négociations » cyniques, l’Europe a fini par annoncer vendredi que 10 pays allaient « accueillir » un total de… 400 jeunes mineurs !

Alors que la faillite du capitalisme qu’accélère la pandémie plonge les travailleurs, la jeunesse, les classes populaires du monde entier dans une catastrophe sans précédent, les classes dominantes, la finance, les multinationales et leurs gouvernements n’ont d’autre politique que l’intensification de l’exploitation et de la guerre faite aux travailleurs et aux pauvres du monde entier.

Le 3 novembre aura lieu l’élection présidentielle américaine, moment charnière où, à travers la concurrence acharnée que se livrent les deux partis de la bourgeoisie, se réfracte la crise globale qui frappe la société, les classes populaires, le monde du travail, expression de la débâcle du capitalisme, de sa décomposition accentuée et révélée par le Covid-19. Cette élection se déroule dans un contexte de tensions raciales et sociales exacerbées par le double mouvement contradictoire des mobilisations populaires, des Afro-américains, des femmes, de la jeunesse, du monde du travail sous la pression de la crise qui, parallèlement, radicalise les milieux réactionnaires, une fraction de la moyenne et petite bourgeoisie blanche qui se voit de plus en plus déclassée ou menacée de l’être et que Trump encourage sans retenue.

Profondément affaibli, ce dernier ne voit pas d’autre issue à une possible déroute électorale que la stratégie du chaos et des tensions, de guerre civile larvée qu’il est en train d’entretenir.

Ce n’est pas le Parti démocrate qui a affaibli Trump mais bien les mobilisations des Afro-américains, le mouvement Black Lives Matter, le soulèvement provoqués par l’assassinat de George Floyd, portés aussi par le mouvement des femmes, la jeunesse, les luttes des travailleurs, le mécontentement attisé par la pandémie et l’incurie du pouvoir.

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