Une fraction de la jeunesse a été l’initiatrice du mouvement dans les lycées et les facs dès le 8 mars dernier. Si la pétition de Caroline de Haas a été un révélateur de la révolte qui couvait et qui devait s’exprimer dans les rues, c’est la jeunesse, en bloquant des lycées et des facs, en manifestant bruyamment et audacieusement qui lui a donné corps. Les vidéos de « On vaut mieux que ça » ont été au moins aussi populaires que « Loi Travail, non merci ! ».

En effet, la jeunesse qui s’est mobilisée avait tout de suite compris qu’il s’agissait d’une attaque en règle contre les futurs salariés qu’ils seraient. Elle avait entrevu, au-delà de la loi, le modèle de société qui se préparait à l’opposé de ses aspirations profondes : contre l’esclavage moderne (que bien des jeunes connaissent souvent voire uniquement dès qu’ils commencent à travailler, ce que font la moitié des étudiants, par exemple), pour le respect de sa dignité, la liberté de parler et d’agir, d’expérimenter, de se moquer de l’ordre établi, du gouvernement et de son monde et de les contester. La jeunesse a montré qu’elle n’aime pas être victimisée ; elle se sait victime et ne l’accepte pas.

Les accords de libre échange en cours de négociation par l’Union européenne et les Etats-Unis (TAFTA) comme celui en voie de signature avec le Canada (CEPA) suscitent, à juste titre, inquiétude et contestation. Des manifestations ont réuni 9 000 manifestants anti-TAFTA à Bruxelles le 9 septembre, 250 000 à Berlin le 10 octobre, alors que se prépare la manifestation de samedi 15 à Paris à l’initiative du collectif Stop-Tafta. Ce collectif dénonce l’hypocrisie du gouvernement qui fait semblant d’avoir des réticences sur le TAFTA alors qu’il s’apprête à signer son clone, le CETA. Il dénonce le secret dans lequel ces accords sont négociés par la Commission européenne, le fait que 95 % des organismes qu’elle a consultés sont les lobbys des multinationales. Il en décrit les menaces sociales, économiques, écologiques, démocratiques… De bonnes raisons de nous opposer à ce qui ne peut être qu’un arrangement entre prédateurs pour mieux pressurer les travailleurs et les peuples.

Mais à défaut de formuler une réponse globale autre que l’exigence, pour le gouvernement, de ne pas signer l’accord CETA et de stopper les négociations sur le TAFTA, il laisse la place à la politique protectionniste que défendent un certain nombre d’organisations s'opposant au TAFTA et au CEPA.

La logique même des luttes de pouvoir au cœur de la campagne présidentielle amplifie l’offensive réactionnaire raciste et xénophobe dans laquelle Valls, soucieux de poser à l’homme d’Etat et de ne pas céder le terrain à la droite extrême et à l’extrême droite, n’est pas en reste. Les surenchères démagogiques se nourrissent de la politique du gouvernement. Le drame des migrantEs est cyniquement instrumentalisé pour développer une propagande xénophobe, entretenir les peurs et les fantasmes. Les dérives et panique politiciennes sont telles qu’Hollande n’a pas hésité une seconde à marcher dans les pas de Sarkozy pour prendre le chemin de Calais pour saluer sa police et afficher sa fermeté à vouloir démanteler le camp dénommé avec mépris « la jungle ».

A défaut d’avoir des réponses aux drames que leur politique, leurs guerres ont elles-mêmes engendrés, la gauche comme la droite ont trouvé un bouc émissaire tout désigné, l’étranger, « la poussière » comme ose en parler Marion Maréchal Le Pen, tout sourire.

Et naturellement les politiciens de la droite extrême et de l’extrême droite, de gauche, y compris Mélenchon qui tient à participer au concert cacophonique, chantent la patrie et leur vision mythique et mystificatrice de ce qu’ils appellent « le roman national » ou leur « idée de la France ».

Cette campagne chauvine, nationaliste désignant l’étranger à la vindicte populaire vise à faire diversion et à étouffer la voix de la classe ouvrière, des exploités et des opprimés au nom de l’unité nationale.

« Il y a urgence, la gauche se meurt » écrivait Julien Dray au lendemain des élections municipales et européennes, quelques mois après le cynique « Oui, la gauche peut mourir » de Valls… Deux ans plus tard, la rupture de la jeunesse et de la classe ouvrière avec « la gauche » n’a jamais été aussi grande. Le PS au pouvoir est totalement discrédité, Hollande au trente sixième dessous des sondages et les législatives annoncent une claque magistrale pour les candidats de gauche. Courageux mais pas téméraires, 80 députés PS ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils ne se représenteront pas...

Au-delà du PS, c’est toute la gauche, alliés d’hier et d’aujourd’hui, qui est entraînée dans son marasme. Le FdG disparu, le PCF s’enfonce dans la crise, déchiré entre ceux qui se sont d’ores et déjà publiquement ralliés à la candidature de Mélenchon, ceux qui font semblant d’espérer une candidature commune à gauche et ceux qui s’accrochent à une bien peu probable candidature PCF…

Dans la surenchère démagogique et réactionnaire de la primaire à droite, en plus de ses tirades sur « nos ancêtres les gaulois » ou contre l'accueil des migrants, Sarkozy s'est aussi fendu d'une déclaration climato-sceptique le 14 septembre dernier devant un parterre de patrons.

Lui qui avait signé en 2007 le pacte écologique de Nicolas Hulot et se vantait d'avoir fait le Grenelle de l'environnement, opère un retournement ridicule de grossièreté en affirmant : « cela fait 4 milliards d'années que le climat change. Si le Sahara est devenu un désert, ce n'est pas à cause de l'industrie » et qu'il faut donc « être arrogant comme l'homme pour penser que c'est nous qui avons fait changer le climat ». Et de rajouter : « la première cause de dégradation de l'environnement, c'est le nombre d'habitants sur la planète ».

Quel que soit l’acharnement des médias à vouloir enterrer, effacer le mouvement contre la loi travail jeudi, le mécontentement, la colère étaient bien présents dans la rue. Les manifestations ont permis de regrouper le milieu militant, les jeunes, celles et ceux qui se sont mobilisés ces derniers mois, contre la loi travail, face à la satisfaction arrogante du Medef, face à cette gauche unie à la droite pour s’attaquer aux acquis des travailleurs.

Les chiffres de manifestants (170 000 dans tout le pays d’après la CGT) sont en baisse mais restent importants. Comme en juin et juillet, le gouvernement a mis en en place un dispositif policier impressionnant, en particulier à Paris, avec une nasse de toute la manifestation, fermeture des stations de métro, blocage des accès sur tout le parcours, fouille des manifestants, avant les gazages et les arrestations ! Le 49-3 et les flics, voilà les méthodes du gouvernement pour faire passer sa politique ! Et encore une fois, ce sont les dites violences qui font la une pour tenter de discréditer les manifestations.

Tout cela sans un mot de protestation des directions syndicales contre la répression policière visant à intimider et à saper le mouvement, tout comme elles s’avèrent incapables de faire face à la pression des idées réactionnaires qui se renforce de toute part en cette rentrée.

Le gouvernement, la droite et l’extrême-droite sont lancés dans une surenchère sécuritaire et xénophobe, exploitant les craintes, le désarroi suscités par les attentats pour mieux diviser la population, les travailleur-se-s. Sarkozy, Fillon, Valls…, c’est à qui sera le plus décomplexé, surfant sur les psychoses, se drapant dans la « République », creusant le sillon du FN et de Le Pen. L’« affaire du burkini », son instrumentalisation, ont amplifié l’offensive xénophobe et encouragé la libération de la parole raciste contre les musulman-e-s et plus largement les immigré-e-s, en particulier originaires des pays arabes.

Le combat contre le poison mortel du racisme et de la xénophobie, armes des oppresseurs de tous pays et de toutes confessions, est central pour l’unité de notre classe. Ce combat est partie intégrante de la lutte pour l’égalité des droits, contre toutes les oppressions et stigmatisations. Il ne peut en particulier ignorer le combat féministe, pour l’égalité des sexes. Pourtant, lors de la condamnation des arrêtés anti-burkini, certain-e-s ont tu toute critique sur l’instrument d’oppression et de domination qu’est le burkini… Plus largement, certain-e-s au nom du combat antiraciste pensent nécessaire d’abdiquer, ou pour le moins de relativiser le combat pour l’égalité des sexes.

« La fête de l’Humanité se résume en un mot : fraternité » pouvait-on lire dans l’Huma le week-end dernier. C’est vrai pour des dizaines de milliers de militants et de participants qui ont fait de cette fête, une nouvelle fois, un grand rassemblement ouvrier et populaire. On peut en douter par contre pour le moribond Front de gauche qui n’avait plus de stand cette année, tant les divisions en son sein sont grandes, et pour les concurrents-postulants à la Présidentielle venus faire leur petit marché électoral : Mélenchon, Hamon, Montebourg, Duflot, et aussi Lienemann, Filoche, Delli, Jadot... qui se rêvent en candidat auquel se rallieraient les autres, et surtout auquel le PCF, seule force militante, apporterait son soutien. Comme le dit Mélenchon : « je ne suis pas candidat contre les partis »... vu qu’il a besoin d’eux.

Il faut dire que la direction du PCF leur tend bien la perche, puisqu’elle a renoncé à défendre un programme et à présenter un candidat (la décision serait officiellement prise début novembre), et qu’elle a pour unique projet « l’unité de la gauche ». Et Pierre Laurent de répéter la rengaine du sursaut « face à la radicalisation de la droite et au danger de l’extrême droite qui grandit », il faut « un pacte commun des forces alternatives à gauche », « divisés nous allons dans le mur », etc.

A la mi-août, en Corse, une violente bagarre entre deux bandes pour l’occupation d’un petit bout de plage est transformée, suite à des rumeurs sans fondements reprises par certains médias et aux surenchères de politiciens réactionnaires, en affrontements communautaires ayant pour origine le port d’un burkini. La dramatisation de l’incident en fait, d’une affaire locale, une affaire nationale qui devient « l’affaire du burkini » après la promulgation d’une trentaine d’arrêtés municipaux interdisant ce dernier, laquelle alimente une véritable hystérie raciste contre les musulmans. Une telle interdiction est scandaleuse ainsi que la paranoïa raciste et xénophobe qui agite la plupart des politiciens.

Délire raciste ou la politique du bouc-émissaire

La rixe a eu lieu le 13 août à Sisco, plusieurs personnes des deux « camps » ont été blessées et ont dû être hospitalisées. Le lendemain se déroule à Bastia, dans le quartier populaire de Lupino dont beaucoup d’habitants sont d’origine immigrée, une manifestation d’environ 500 personnes aux cris de « On est chez nous », « Arabi fora !» (les Arabes dehors). Les rumeurs ont déjà circulé et, bien que démenties par le procureur de Bastia, sont reprises et amplifiées entre autres par la Fédération Les Républicains de Haute Corse qui dans un communiqué justifie cette manifestation raciste par des mensonges délirants et des insultes (des « femmes en burqa », des « femmes voilées », « un groupe de barbares islamiques armés jusqu’aux dents »…), terminant ainsi son communiqué : « En cette veille de Sainte Marie que nous allons célébrer dans l’harmonie, la prière et le recueillement, nous apportons notre soutien à la population de Sisco qui s’est levée pour dire non à l’intégrisme islamique. »

Ce texte est rédigé à partir d'une contribution au débat sur « l'impérialisme aujourd'hui » au sein de la IVème Internationale (Mondialisation capitaliste, impérialismes, chaos géopolitique et leurs implications, Inprecor n° 629-630 juillet-août 2016). Il cherche à prendre en compte le caractère profondément inédit de la période à laquelle est confronté le mouvement ouvrier pour développer, en conséquence, des éléments indispensables de stratégie. Il voudrait participer d’un travail collectif pour répondre aux questions sur l’actualité de la révolution et de la construction de partis pour la transformation révolutionnaire de la société. La nouvelle phase du développement capitaliste que nous connaissons, oblige à rediscuter des voies et moyens de construire des partis ouvriers révolutionnaires dont l’expérience grecque, l'évolution de Podemos dans l’État espagnol ou l'accord signé par le Bloco avec le PS au Portugal viennent souligner la nécessité. Ce texte est une contribution à cette discussion.

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« La lutte menée face au capital par les travailleurs/travailleuses et les couches urbaines et rurales paupérisées partout dans le monde se déroule aujourd’hui dans le cadre de l’économie et la société capitaliste mondiale à un moment spécifique de son histoire, qui est aussi celle de l’humanité. La crise économique et financière – qui a commencé en juillet-août 2007, connu un premier moment paroxystique en septembre 2008 (faillite de Lehmann) et débouché sur une récession mondiale suivie d’une stagnation sans fin – est bien plus qu’une nouvelle «très grande crise». Elle marque à un degré jamais connu avant les limites historiques du capitalisme qui, faute d’avoir pu être transcendées, annoncent une nouvelle époque de barbarie. Cette dernière inclut centralement le basculement, différencié bien entendu entre pays et continents, dans les formes d’exploitation et les conditions d’existence des travailleurs et des masses paupérisées, mais aussi le changement climatique et d’autres dimensions de la crise environnementale (par exemple les pollutions chimiques) dont ils sont déjà le plus souvent les premiers à subir les conséquences. Enfin, elle est marquée par des guerres nouvelles dont les populations paupérisées sont une fois encore les premières victimes, comme au Proche et au Moyen Orient. » (http://alencontre.org/economie/economie-mondiale-une-situation-systemique-qui-est-specifique-a-la-financiarisation-comme-phase-historique.html)

François Chesnais

1) La deuxième grande mondialisation capitaliste, un siècle après la première qui avait débouché sur le développement de l’impérialisme et deux guerres mondiales, a profondément transformé le capitalisme et la planète modifiant les conditions mêmes des luttes de classes à l’échelle internationale. Nous sommes devant une nouvelle phase du développement du capitalisme.

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