Sans surprise, la rencontre vendredi 17 juin entre Martinez et El Khomri, que les deux parties assuraient vouloir ardemment depuis quelques jours, a accouché d’une souris… « La ministre va étudier nos propositions. On a fait des suggestions. C'était une première rencontre nécessaire. Mais il reste des problèmes importants, sur 5 à 6 articles dont nous demandons la réécriture » a expliqué Martinez le bon élève au sortir de ces « retrouvailles » (sic). Tiens donc… ce n’était pas le retrait qu’il avait annoncé porter ? Certes, les formulations suffisamment « ouvertes » ne laissaient guère planer le doute, la direction de la CGT se flattant d’être « constructive »… alors même que Valls mettait les points sur les i : « chacun doit savoir que le gouvernement ne changera pas »… Et il est clair qu’à ce stade, il n’y avait rien à négocier. El Khomri a donc pu expliquer, tout sourire sur le perron de l’Elysée « il était important de faire le point et que la CGT me remette aujourd'hui ses propositions. Je vais bien sûr les regarder. […] on peut toujours enrichir le texte mais sans en dénaturer la philosophie. Nous avons toujours des désaccords ». Et Martinez de constater : « les désaccords se sont confirmés »… on est rassuré !

Un mouvement puissant

Ce non-événement ne fait que souligner l’impuissance des appareils syndicaux pris dans la nasse du « dialogue social » qui ne laisse d’autre alternative que d’accompagner l’offensive libérale. C’est cela que le mouvement perturbe depuis plus de trois mois, trouvant en lui-même des ressources nouvelles pour durer et rebondir.

La manifestation du 14 juin a témoigné de sa dynamique et de sa vitalité. L’immense cortège des salarié-e-s venu-e-s de toutes les régions de France, syndiqué-e-s ou non, de toutes générations et tous drapeaux mélangés, disait la fierté de toutes et tous d’appartenir au monde du travail, à une classe sociale qui fait fonctionner la société, rouler les trains, tourner les usines ou les hôpitaux, qui ramasse les poubelles, enseigne, travaille dans les ports, sur les routes, dans des hangars logistiques, des centres de tri, des commerces, de toutes petites entreprises ou de grands groupes du privé comme du public, travailleur-se-s avec ou sans emploi, précaires, retraité-e-s, étudiant-e-s...

Cette fierté est aussi celle d’être parvenu à relever ensemble la tête après des années de recul, de réoccuper le terrain politique. Le mouvement marque une étape, une rupture. Les choses ne seront désormais plus comme avant, pas plus pour les jeunes qui livrent leurs premiers combats sociaux sous l’état d’urgence et le 49-3 que pour les militants plus « aguerris » qui commencent à se dégager du poids du passé. Une page est tournée, un début d'inversion du cours des choses est en œuvre malgré bien des difficultés et chacun a conscience que l’épreuve de forces engagée va bien au-delà de la loi travail.

Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn