Macron a saisi l’occasion du centenaire de la fin de cette terrible boucherie que fut la guerre de 14-18, guerre pour le partage du monde entre grandes puissances, pour recevoir les maîtres du monde. La vedette du jour en était Trump venu parader et étaler son arrogance, sa suffisance au lendemain des élections américaines de mi-mandat, le 6 novembre dernier. « Un immense succès » selon lui, coup de bluff afin de masquer le camouflet qu’il a reçu en s’appuyant sur la complaisance de la plupart des médias ou de l’establishment politique tout disposé, à l’image de Macron, à se faire les complices de sa propre promotion.

D’une certaine façon, Trump n’a pas tort, il a réussi à s’imposer tant aux USA que sur la scène internationale. A New York, il garde le contrôle du Sénat dont le tiers à renouveler était acquis aux Républicains. Il assure sa mainmise sur son parti dont il est d’ores et déjà le candidat pour la prochaine élection présidentielle, en 2020. Il limoge ceux qui lui déplaisent comme son ministre de la justice et peut se féliciter d’avoir imposé sa brutalité, son agressivité raciste, misogyne, son mépris des classes populaires et de la démocratie comme politique. Pour s’imposer au pouvoir il entretient les tensions et crée un climat qui encourage les racistes les plus arriérés à passer aux actes. La tragédie de la synagogue de Pittsburgh, crime antisémite, en a été la sanglante illustration en pleine campagne électorale.

« C'est l'heure de la preuve, la preuve que nous tenons nos promesses. Ce mois-ci, les Français vont pouvoir constater de visu qu'avec notre politique le travail paie » a déclaré Darmanin pour se vanter de la suppression des cotisations salariales (maladie et chômage). Un gain de… 57 centimes par jour pour un salarié payé au SMIC ! Quel cynisme, alors que par ailleurs le patronat va toucher un cadeau de plus de 40 milliards d’euros en 2019, profitant de la nouvelle baisse de cotisations sociales qui remplace le CICE… tout en touchant ce dernier au titre de l’année 2018 !

Quant au manque à gagner, les salariés - et les retraités sans compensation - le financeront par l’augmentation de la CSG, comme l’ensemble des classes populaires qui paieront au prix fort la dégradation de l’assurance chômage ou de la santé.

Mais les tours de passe-passe du gouvernement ne trompent personne, cette politique ne sert qu’à enrichir les actionnaires.

D’après l’Institut des politiques publiques, le 1 % les plus riches va voir ses revenus grimper de 6 % en 2019 grâce aux mesures fiscales de Macron, alors que les 20 % les plus pauvres verront leurs revenus baisser suite au quasi gel des prestations sociales comme les pensions, les APL, les allocations familiales.

A cela se rajoute l’impact de la dégradation des services publics sur les classes populaires, mais aussi de la fiscalité indirecte particulièrement injuste comme la TVA et les taxes sur l’énergie, frappant bien plus les plus pauvres que les plus riches.

L’élection avec 55 % des voix de Bolsonaro à la présidence du Brésil, « 4ème plus grande démocratie au monde » nous disait-on, est un avertissement brutal pour le monde du travail, les classes populaires, la jeunesse.

« Nous ne pouvons plus continuer à flirter avec le socialisme, le communisme, le populisme de gauche » a-t-il déclaré dès les résultats connus. Comme si la cause de la misère était le socialisme ou le communisme et pas la politique des capitalistes et des riches !

En septembre 1938, Trotsky et ses compagnons fondaient la IVème Internationale dans des conditions extrêmement difficiles alors qu’il était « minuit dans le siècle », selon la formule de Victor Serge. Après Mussolini, Hitler s’était emparé du pouvoir en 1933 en Allemagne. Le deuxième plus puissant Parti communiste après celui de l’URSS avait été désarmé, trahi par la politique de la bureaucratie stalinienne et de la IIIème Internationale. Le mouvement ouvrier défait, le monde marchait vers la guerre. Une page se tournait. Pour les travailleurs, la lutte contre la bourgeoisie et le fascisme se doublait du combat pour en finir avec la contre révolution stalinienne. Fonder une nouvelle Internationale était devenu vital.

Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans le même contexte. Le stalinisme est mort, l’URSS s’est effondrée en 1991, le capitalisme le plus sauvage y a été réintroduit. La bureaucratie stalinienne s’est reconvertie tout naturellement en une caste bourgeoise mafieuse combattant tout ce qui pourrait rappeler ses origines, le communisme version bureaucratique est laissé à quelques nostalgiques de Staline et de la « Grande Russie »…

Les élections européennes auront lieu dans 7 mois dans un contexte qui voit l’offensive des classes dominantes et de leurs États s’accentuer dans tous les domaines, alimentant la montée des idées réactionnaires, de la xénophobie et du nationalisme qui menacent de faire éclater l’Union européenne capitaliste.

Elles sont déjà l’occasion de rivalités démagogiques entre Macron et Le Pen que Mélenchon se propose d’arbitrer. Macron se présente comme l’homme de l’Europe libérale contre l’Europe des nationalismes de Le Pen, Salvini et autres Orban.

En réalité, la politique que mène Macron est de même nature, quant au fond, que celle de la droite extrême ou de l’extrême droite, elle leur prépare le terrain. Et au pouvoir, la droite et l’extrême-droite n’auraient d’autre politique que de satisfaire les exigences du Medef et des riches.

Mélenchon prétend leur disputer le terrain mais, au final, il fait sur la question des migrants et par sa démagogie anti-européenne des concessions aux idées réactionnaires, au nationalisme, à un populisme qui tournent le dos aux intérêts du monde du travail.

Les travailleurs n’ont pas à arbitrer le conflit et la rivalité Macron-Le Pen mais à défendre contre eux leurs intérêts de classe, sociaux et démocratiques, par delà les frontières.

Cette perspective, seuls les anticapitalistes et révolutionnaires, c’est à dire Lutte ouvrière et le NPA, peuvent la porter. Il est indispensable que nous le fassions ensemble.

La mauvaise comédie du remaniement ministériel n’en finit pas comme si Macron éprouvait un plaisir pervers à affirmer son pouvoir, à ridiculiser les médias, qui parlent pendant des heures et des heures pour commenter les rumeurs, ou l’opposition drapée dans son indignation… A ridiculiser aussi ses propres ministres mis sur le grill…

Il parle de « péripétie » prenant la pose du monarque exerçant ses pleins pouvoirs, affichant le mépris de ses gens, tous là pour le servir ! Franchement ridicule tant derrière cette farce, il y a un politicien isolé pris à son propre piège lui qui prétendait dépasser le jeu du clivage gauche-droite. Ce clivage parlementaire, le PS l’a dépassé depuis longtemps. Ses principaux dirigeants ont sabordé leur propre parti pour mettre en selle Macron. Dupe de lui-même ce dernier se retrouve bien seul mais avec des pouvoirs exorbitants et une certitude : sa politique fait l’unanimité au sein du patronat et de la bourgeoise. Et au-delà des rivalités politiciennes, aucune des forces institutionnelles qui le combattent n’auraient d’autre politique que de faire, à son image, ce que veulent le Medef et la bourgeoisie. Cette certitude comme les pouvoirs qui lui sont impartis lui laissent tout le temps de voir venir...

Samedi, des milliers de manifestants en France et dans d’autres pays d’Europe ont exprimé leur inquiétude face à la crise climatique et leur révolte devant l’inertie des gouvernements. Le nouveau rapport du GIEC (le groupe d’experts du climat travaillant pour l’ONU) qui a été rendu public début octobre donne entièrement raison à toutes celles et ceux qui s’inquiètent et veulent agir. Reste à savoir maintenant comment. Trois ans après les beaux discours de la conférence sur le climat de Paris, le rapport du GIEC confirme que le réchauffement climatique est plus rapide que prévu et qu’il a déjà des conséquences dramatiques à l’échelle du monde. Deux scénarios sont envisagés d’ici 2100, une augmentation de 1,5°C aux conséquences inquiétantes et une au-delà de 2°C, catastrophique et créant une situation sans retour. Les données scientifiques du GIEC sont précieuses et indispensables mais ce débat entre 1,5°C ou 2°C est un jeu de dupes bien dérisoire si on ne le pose pas d’un point de vue de classe en lien avec les ravages engendrés par la course aux profits qu’imposent les multinationales et les États à leur service à toute la société.

Mercredi 10 octobre, Wall Street a subi son plus gros recul depuis le mois de février, 3,15 % de l’indice Dow Jones, 4,08 % de l’indice des nouvelles technologies, le Nasdaq, à 7 422,05 points. Il ne s’agit certes pas d’un tremblement de terre mais néanmoins l’ensemble des places financières de la planète ont, elles aussi, décroché.

Les principales Bourses européennes ainsi que les places asiatiques ont été emportées dans la tourmente. L'indice Nikkei à Tokyo a perdu 3,89%, les bourses de Hong Kong, de la Corée du sud ont suivi, tandis que celle de Taiwan chutait de plus de 6%, Shanghai de près de 5 % perdant plus de 21 % depuis le début de 2018.

Donald Trump a balayé l’hypothèse que sa guerre commerciale, en particulier contre la Chine, puisse en être responsable : « Ce n'est pas ça le problème. Le problème à mon avis, c'est la Fed (la Réserve fédérale, la banque centrale américaine). La Fed est déchaînée, elle devient folle ». Et cela parce qu’elle a décidé d’augmenter les taux d’intérêt. Son secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin (un ex-Goldman Sachs) a modulé le propos faisant preuve d’une profondeur philosophique toute capitaliste : « Les marchés montent. Les marchés descendent. Je vois cela comme une correction normale. »

Un an et demi après son élection et sa promesse d’un « nouveau monde » politique, Macron bat tous les records d’impopularité et l’hémorragie des ministres continue… Après Hulot faisant mine de découvrir que finance et écologie sont incompatibles, Flessel et ses problèmes d’impôts, c’est au tour de Gérard Collomb. Transfuge du PS s'étant intronisé parrain politique du jeune Macron, ce vieux politicien le laisse tomber pour ne pas sombrer avec lui, guidé avant tout par ses ambitions personnelles. La modernité promise par Macron tourne à la farce du vieux théâtre des politiciens, de leurs ambitions, de leur corruption… Mais quels que soient les acteurs, c’est la même politique de plus en plus agressive, entraînant l’explosion de la précarité et des inégalités.

Ces attaques en règle se doublent de l’arrogance de Macron, de son mépris social qui visent à flatter les préjugés des catégories sociales les plus réactionnaires contre le monde du travail. Après le « pognon de dingue » des aides sociales, le conseil aux chômeurs de « traverser la rue » pour trouver du boulot, il fait la morale aux victimes de sa politique. « Il ne faut pas rester comme ça et pas refaire des bêtises » dit-il en sermonnant un jeune chômeur sinistré des Antilles. Il fait la morale à des retraités venus lui demander des comptes, il faudrait arrêter de se plaindre car « on vit de plus en plus vieux et en bonne santé » ! Cette arrogance, ce mépris, c’est celui d’un politicien ambitieux, qui flatte les préjugés sociaux pour tenter d’étouffer la colère et la révolte qui montent de partout afin de protéger ses commanditaires, les classes dominantes, les riches qu’il sert servilement.

Le 25 septembre, la Marine royale marocaine a ouvert le feu sur une embarcation de migrants en Méditerranée faisant un mort, une Marocaine de 22 ans, et trois blessés dont un dans un état critique. La responsabilité de ce crime d’État ne revient pas à la seule monarchie marocaine mais tout autant à la politique de l’État espagnol et à celle de l’Union européenne.

L’Espagne, comme la France ou l’Italie, fait tout pour empêcher les migrants d’atteindre son sol, avec la collaboration de la monarchie marocaine et de sa police.

Cette violence criminelle est le corollaire de l’errance à laquelle est contraint l’Aquarius, le dernier navire européen qui continue à secourir des migrants en Méditerranée malgré l’opposition de plus en plus acharnée des gouvernements européens. Pendant plusieurs jours, alors qu’il transportait à son bord 58 migrants sauvés au large de la Libye, les ports européens lui sont restés fermés.

C’est en fait l’ensemble des gouvernements européens qui, depuis des mois, ont multiplié les obstacles contre les bateaux qui secourent les migrants. Sur la dizaine de bateaux humanitaires qui secouraient des migrants au large de la Libye l’an dernier, tous sauf l’Aquarius ont dû renoncer. Et le 22 septembre, le Panama a annoncé, sous la pression des autorités italiennes, qu’il allait lui retirer son pavillon.

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