Macron, l’Église et l’État, face aux religions, défense du matérialisme
Mardi 26 juin, Macron s’est rendu à Rome pour rencontrer le Pape et recevoir le titre de « premier et unique chanoine honoraire de l’archibasilique du Latran ». « Mon émotion est réelle » a-t-il déclaré au terme d’une cérémonie d’un autre temps, pleine de dignitaires ecclésiastiques et d’enfants de chœur. Tout ce ridicule pour un titre honorifique qui remonte à la monarchie, à Henri IV… pour sceller l’alliance des Rois et de la Papauté ! Déjà en avril dernier, devant la conférence des évêques de France, il avait exprimé son « sentiment que le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abîmé et qu’il nous importe de le réparer ».
Macron et son gouvernement se prétendent l’incarnation de la modernité, mais quand la violence de la réalité sociale fait tomber tous les masques, c’est le retour de tout le vieux fatras, la religion, la morale, les idéologies réactionnaires pour justifier leur pouvoir, leur politique au service des classes dominantes.
Convergence des luttes et des militants du mouvement, convergence démocratique et révolutionnaire
Ce 28 juin était une nouvelle journée de grève à la SNCF, la 36ème et dernière du calendrier perlé de l’intersyndicale. L’UNSA a sans surprise annoncé qu’elle arrêtait la grève, la CFDT l’a suspendue. SUD Rail et la CGT appellent à faire grève les 6 et 7 juillet et prévoient des dates pendant l’été. Les cheminots « débattront en assemblées générales de la suite à donner au mouvement pour gagner » a expliqué Fabien Dumas, secrétaire fédéral de SUD Rail. La fin d’une étape du mouvement, le début d’une autre alors que se partagent sentiment de fierté, détermination et interrogations sur la suite à construire.
La détermination des grévistes, des militants du mouvement, syndiqués ou non syndiqués, fait que même l’UNSA a cru bon de préciser qu’elle restait « combattive » au moment d’arrêter la grève et que la CFDT a expliqué que si elle la « suspendait » pendant l’été, « l’idée est de pouvoir garder des ressources de mobilisation à la rentrée […] les négociations sociales à venir seront longues et complexes ».
Il est clair que peu de cheminots pensent pouvoir « gagner » cet été, mais les grévistes ont conscience de mener un combat politique qui a transformé la situation et concerne l’ensemble du monde du travail. Un combat loin d’être terminé alors que le gouvernement peaufine la loi Pacte qui prévoit de nouvelles vagues de privatisations (Engie, Aéroport de Paris, Française des jeux…) et que sont en ligne de mire les aides sociales, la retraite, le statut des fonctionnaires.
Contre l’Europe capitaliste, les forces réactionnaires, la xénophobie et le nationalisme, un front de classe révolutionnaire et internationaliste
La crise de l’Union européenne vient de passer par de nouveaux sommets. Du refus du ministre de l’intérieur d’extrême droite italien de laisser accoster l’Aquarius, puis le Lifeline, au vote en Hongrie d’une loi permettant de condamner les ONG qui permettraient à des migrants d’entrer sur le territoire, sans oublier l’hypocrisie réactionnaire de Macron et de son exécuteur des basses œuvres Collomb, elle s’est cristallisée autour de la question de l’accueil des migrants, dans une fuite en avant nauséabonde. En Allemagne, la coalition gouvernementale difficilement constituée par Merkel après les dernières législatives menaçait de s’effondrer sous le chantage de la CSU bavaroise…
Le Sommet européen des 28 et 29 juin est parvenu à un accord, l’accord de la honte, qui a décidé de la mise en place de camps hors des frontières de l’UE. Tous peuvent rentrer chez eux en se vantant d’avoir obtenu gain de cause, les uns, comme Macron, pour avoir sauvé l’Union européenne de l’explosion, les autres, comme le premier ministre Italien Conte ou son homologue polonais, pour s’être dégagés de toute obligation concernant l’accueil des migrants, désormais laissé au « volontariat » de chacun des Etats, invités simplement à faire preuve de « solidarité »... Au-delà des postures, les Etats européens se sont cyniquement unis contre les migrants, l’égoïsme national et européen se conjuguant pour rejeter les victimes de leur propre politique au Moyen Orient ou en Afrique.
Face à l'arrogance de dingue du pognon, vive la lutte des cheminots, de tous les travailleurs
Macron vient à nouveau d’étaler son mépris, sa crasse sociale, par tweet cette fois : « On met un pognon de dingue dans des minima sociaux, et les gens sont quand même pauvres. On n'en sort pas. Les gens qui naissent pauvres restent pauvres. Ceux qui tombent pauvres, ils restent pauvres »… après un couplet sur la « déresponsabilisation » des pauvres car il faut bien que ce soit leur faute !
Cynisme, mépris, arrogance, tandis qu’il arrose de 5 milliards de cadeaux fiscaux les ultras-riches avec la fin de l’ISF et la limitation de l’imposition de leurs portefeuilles d’actions. Les coupes sombres prévues dans les budgets sociaux avec le plan CAP22 représentent 30 milliards d’après les Echos.
Le bilan de cette politique est insupportable. Entre 1998 et 2015, le niveau de patrimoine a diminué de 31 % pour les 10 % les plus pauvres de la population. Près de 9 millions de personnes sont sous le seuil de pauvreté, dont beaucoup de femmes seules avec leurs enfants. Les raisons sont connues, ce sont les salaires minables, la généralisation de la précarité, les licenciements, pour que la classe que sert Macron continue d’accumuler un « pognon de dingue » sur le dos de toute la collectivité !
Mais la com de Macron ressemble bien trop à celle des DRH dans les entreprises… et elle se retourne contre l’envoyeur, alors que la grève des cheminots impacte profondément la situation sociale et politique, encourageant la contestation, l’expression de bien des mécontentements.
1968-2018, « Ils commémorent, on recommence » ? Et si nous mettions l’imagination au pouvoir ?
Au cours du mouvement de ces dernières semaines, alors que l’évocation de 68 ou du mythe soixante-huitard était dans les esprits, est apparu en réponse aux commémorations, nostalgies ou travestissements, un slogan sympathique, « Ils commémorent, on recommence ». Il exprime la continuité de nos combats, leur jeunesse, mais avons-nous vraiment envie de recommencer soixante-huit ? Un soixante-huit qui réussisse ? Qui aille jusqu’au bout ? Oui, certes mais ce sera bien autre chose que 68, radicalement différent. Les révolutionnaires ne souhaitent pas recommencer, ni imiter le passé. Nous ne militons pas sous la domination des mythes mais en nous armant de la compréhension des forces, faiblesses et limites du passé pour trouver dans le présent la capacité de les dépasser pour construire l’avenir.
« Aller jusqu’au bout », ça veut dire quoi ? Le pouvoir aux travailleurs pour une transformation révolutionnaire de la société, en réalité tout autre chose que 68 au cours duquel, même si ce fut un processus révolutionnaire, personne ne se posa pratiquement la question du pouvoir. La poser exige des rapports de force mais aussi un niveau de conscience, d’organisation, radicalement différents de l’état d’esprit qui était le nôtre y compris pour les plus engagés.
La détermination des cheminots, le mécontentement, bousculent la politique des appareils
Malgré l’absence de perspectives données par les confédérations dont certaines cherchent ouvertement depuis des semaines la « sortie du conflit », malgré aussi la désinformation, les pressions et calomnies, la grève des cheminots ne cède pas et entretient à travers elle un mouvement de contestation bien vivant.
Le mécontentement du monde du travail, la détermination des cheminots, la capacité d’organisation et d’initiatives des grévistes à la base, font qu’après deux mois de grève, aucune organisation syndicale n’a osé décrocher. Et Pépy peut affirmer qu’il n’est « pas imaginable » que la grève à la SNCF se poursuive cet été puisque « l’Unsa et la CFDT, qui ont pris conscience des avancées de cette réforme, ont dit chacune réfléchir aux conditions dans lesquelles elles pourraient sortir du conflit », le mouvement est profond. Il a transformé la situation. Dans les entreprises, les syndicats, les quartiers, les familles, la question sociale et politique s’est invitée partout et parmi les militants de la mobilisation se discutent quelles perspectives, comment faire face au plan de bataille du gouvernement et du parlement, serviteurs zélés du patronat et de la finance.
La répression dont sont victimes les jeunes, les migrants, ceux qui les soutiennent et plus largement la politique du gouvernement nourrissent au quotidien le mécontentement. Telles les provocations de Collomb intimant aux manifestants l’ordre de faire le ménage dans leurs rangs « si on veut garder le droit de manifester », justifiant les gardes à vue de lycéens « quand on est un jeune mineur, on ne va pas nécessairement occuper son lycée, ni aller dans les manifestations qui peuvent dégénérer » et accusant les migrants de faire du « benchmarking » (mot utilisé pour des techniques comparatives de marketing et de management !) le jour où il fait détruire à Paris, pour la énième fois, un camp de plus de 1500 migrants éligibles à l’asile… pour peu que leur dossier soit examiné !
Super-impérialisme de Trump, monde multipolaire ? Le désordre du capitalisme financier mondialisé et la lutte pour le socialisme
La valse-hésitation de Trump vis-à-vis de la Corée du Nord fait la une… En septembre 2017, alors que celle-ci multipliait ses essais balistiques et nucléaires, Tump déclarait à l’ONU : « Les Etats-Unis ont beaucoup de force et de patience. Mais si on les pousse à se défendre ou à défendre leurs alliés, nous n’aurons pas d’autre choix que de détruire totalement la Corée du Nord », promettant « le feu et la fureur dans des proportions que ce monde n’a encore jamais connues ». Puis, alors que s’ébauchait le rapprochement entre les deux Corées, il annonçait son intention de rencontrer Kim Jong Un avant de se rétracter, puis de revenir sur la rétractation… La menace devant l’ONU visait aussi l’Iran, préparant la sortie des USA de l’accord sur le nucléaire iranien, de nouvelles sanctions économiques. Sanctions contre le peuple iranien, offensive économique également contre les entreprises étrangères, surtout chinoises et européennes, qui doivent cesser de commercer avec l’Iran sous peine de ne plus pouvoir le faire avec les USA. A cette offensive s’ajoute la décision d’augmenter les droits de douanes pour une série de marchandises, confirmée ce mercredi 30 mai par le secrétaire d’Etat américain au commerce devant le Forum de l’OCDE : « L’Union européenne est devenue la deuxième économie au monde, elle n’a pas besoin de concessions ». A bon entendeur, Trump poursuit son programme, « America First ! ».
Un crime contre les Palestiniens, un crime contre tous les travailleurs et les peuples
« C'est un grand jour. Un grand jour pour Jérusalem. Un grand jour pour l’État d'Israël. Un jour qui restera gravé dans notre mémoire nationale pour des générations » exultait, cynique et provocant, le premier ministre israélien, Nétanyahou, lundi dernier lors de la cérémonie pour l’installation de l’ambassade américaine à Jérusalem.
A la frontière d’Israël avec Gaza, au même moment, les soldats de l’armée israélienne tiraient à balles réelles sur les manifestants palestiniens, pacifiques, sans armes, venus crier leur rage devant l’arrogance, le mépris et la haine à leur égard de l’État d’Israël soutenu par Trump.
Quel contraste insupportable que celui qui opposait cet aréopage de représentants des classes dominantes exultant de la force de leurs armées, jubilant de l’humiliation qu’ils infligeaient à tout un peuple, unis par le sang qu’ils faisaient couler et leurs victimes criant à la face du monde leur colère, leur révolte, risquant leur vie pour affirmer leur dignité.
Le matin même depuis la Maison blanche, Trump, dans un tweet, invitait à regarder sur Fox News, la chaîne à ses ordres, la retransmission de la macabre cérémonie et se félicitait de « sa montée en puissance ».
Ce bain de sang a été voulu tant par Netanyahou que par Trump qui ont décidé et organisé cette provocation le jour même de l’anniversaire des 70 ans de la fondation de l’État d’Israël, c’est-à-dire pour les Palestiniens le jour de la Nakba, de la catastrophe quand ils furent chassés de leurs terres, le jour aussi de la fin de la grande marche du retour pour le respect des droits du peuple palestinien.
Contre le CAC40 et ses serviteurs, ensemble avec les cheminots !
La publication cette semaine du rapport sur les dividendes des entreprises du CAC40 réalisé par Oxfam et Basic jette une lumière crue sur l’offensive menée par le gouvernement et l’ensemble du personnel politique au service des grands actionnaires. Entre 2009 et 2016, tandis que les patrons et leurs valets de tous bords intensifiaient la casse des droits des salariés, des chômeurs, des retraités, bloquant les salaires, opérant des coupes drastiques dans les services publics et l’ensemble des budgets sociaux, ces entreprises ont distribué un record de dividendes.
Le lendemain, on apprenait la quasi dispense de peine de Cahuzac. Reconnu « coupable de fraude fiscale, de blanchiment et de déclaration mensongère à la Commission pour la transparence de la vie politique », l’ancien ministre (PS) du budget n’aura très probablement pas à passer par la case prison, la supplique de ses avocats ayant apparemment convaincu les juges qui l’ont condamné à deux ans fermes (dont il va demander l’aménagement) et 300 000 euros là où la loi prévoit jusqu’à 7 ans et 1 million d’euros.
La violence de l’exploitation, le mensonge, l’arrogance et l’impunité des riches s’étalent sans vergogne, protégés par leurs tribunaux, leurs institutions, leur police qui provoque et affronte les travailleurs en grève, les cheminots dans les gares, les étudiants dans les universités, les jeunes dans les banlieues, les migrants…
Mai 68 – mai 2018… La grève générale, un mythe, une incantation ou le rassemblement du monde du travail ?
Cela fait exactement 50 ans, à quelques jours près que débuta, le 13 mai 68, la grève qui devait se généraliser en une semaine à toute la classe ouvrière, 10 millions de grévistes, la grève générale la plus massive qu’ait jamais connue le pays.
Ce n’est pas par souci de commémoration, l’histoire ignore les commémorations, mais il se trouve qu’en ce mois de mai 2018, la grève générale est présente dans bien des têtes, que ce soit celles des militants du mouvement actuel, cheminots, salarié-e-s d’Air France, de Carrefour, de l’Education nationale, postiers, jeunes, étudiants et lycéens, ou celles de nombre de travailleurs qui regardent avec sympathie les grèves en cours et les mobilisations étudiantes. Il y a en effet la conscience ne serait-ce que dans une minorité active qu’une bataille est engagée avec le gouvernement Macron pour repousser son offensive, lui faire ravaler de son mépris et de sa morgue et que pour cela le tous ensemble est nécessaire et aussi possible.



