Le personnel politique des classes dominantes rivalise dans la stigmatisation des pauvres, des travailleurs, des jeunes, des immigrés. Le racisme antimusulman s’étale, décomplexé, dans tous les journaux télés et en prime time, de C8 à France 2. A à peine plus d’un an de la Présidentielle et des Législatives, c’est à qui sera le plus « crédible », le plus à même d’instrumentaliser les préjugés pour tenter de dévoyer les colères que nourrissent les conséquences dramatiques du parasitisme des classes dominantes, leur violence et leur cynisme.

Le débat Le Pen-Darmanin jeudi, entre connivences, amabilités et rivalités a donné la mesure de l’offensive en cours et de la course engagée pour savoir qui prendra le leadership du bloc réactionnaire. Darmanin a fait le boulot pour son mentor, tenté de neutraliser Le Pen que des sondages, même s’ils sont à prendre avec précaution, placent au plus haut. Sans oublier de jouer sa propre carte, il s'est mis sur les rangs des postulants à la direction d’un probable rassemblement de la droite extrême et de l’extrême droite, se revendiquant de ses origines populaires face à la millionnaire du RN.

Depuis la rentrée, le gouvernement orchestre les surenchères réactionnaires et xénophobes. Texte de loi sur la « sécurité globale » adopté en novembre à l’Assemblée qui va désormais être débattu au Sénat ; loi séparatiste en cours d’adoption par les députés, article par article, au nom des « principes républicains » ; Beauvau de la « sécurité » pour faire « aimer la police » (!) ; longue interview de Darmanin dans le torchon d’extrême-droite Valeurs Actuelles cette semaine, multiples sorties médiatiques du même tonneau de sa consœur Schiappa et, ce jeudi, débat Darmanin-Le Pen sur la chaîne du « service public »…

Depuis le 1er février, les députés discutent à l’Assemblée le projet de loi « confortant le respect des principes de la République » dénommé initialement par Macron loi « séparatisme ». Dès les premières minutes, Darmanin qui en faisait la présentation a levé l’équivoque que contient le titre relativement « neutre » de la loi avec des images et des mots qui appartiennent au langage d’extrême droite : « Notre pays est malade. Il est malade d’un séparatisme dont le premier, le séparatisme islamiste, gangrène l’unité nationale. Après s’être attaqué au terrorisme, le Président de la République a souhaité diriger l’action de l’État et des pouvoirs publics contre ce qui en est le terreau ».

La laïcité, les droits des femmes pervertis et instrumentalisés

Sous couvert de la défense d’idées progressistes, l’égalité hommes-femmes censée être incarnée par Marlène Schiappa et la laïcité par Blanquer, le gouvernement met en place un arsenal juridique qui s’ajoute à celui déjà existant, instaurant de nouveaux délits censés combattre l’intégrisme mais qui, en réalité, flattent les préjugés racistes contre les musulmans. Il en est ainsi des articles de la loi qui mélangent dans une même condamnation le port du voile, de signes religieux dans les services publics, la polygamie, les menus à la cantine, les certificats de virginité ou la mixité dans les piscines.

Mercredi 3 février, le tribunal administratif de Paris a reconnu la responsabilité de l’Etat français dans le non-respect de ses propres engagements de réduction des gaz à effet de serre pour lutter contre le réchauffement climatique… Tout symbolique que soit cette condamnation, c’est un succès pour les quatre ONG (Oxfam, Greenpeace, la Fondation Hulot et Notre affaire à tous) qui avaient lancé la campagne « l’affaire du siècle », il y a deux ans avec une pétition qui a rassemblé près de 2,3 millions de signatures puis le dépôt d’un recours pour « carence fautive de l’État » au Tribunal administratif en mars 2019.

Tout en reconnaissant l'existence d'un préjudice écologique, le Tribunal s’est limité à condamner l’Etat à verser 1 euro « pour préjudice moral » à chacune des associations, en refusant de prononcer la moindre mesure contraignante pour l’obliger à agir… Une nouvelle instruction de deux mois est demandée.

Samedi 30 janvier, de nouvelles marches des libertés ont rassemblé des milliers de personnes et particulièrement des jeunes venus dire en musique leur besoin de liberté, contester la politique des classes dirigeantes qui condamnent plus que jamais au « boulot, métro, dodo ». Des manifestations qui ont eu plus de mal à rassembler que le 16 janvier mais qui attestent du ras le bol, de la colère qui couve. Milieu militant, Gilets jaunes, jeunes ont manifesté contre la politique sécuritaire du gouvernement, au moment où Darmanin tente de reprendre la main, annonçant un « grand débat » de plusieurs mois sur la police et la gendarmerie dans le cadre du « Beauvau de la Sécurité ».

Le 26 janvier, dans l’Éducation, des enseignants en grève ont manifesté leur colère face à Blanquer, aux côtés des salariés précaires dont use et abuse le ministère, ces « premiers de corvée » qui n’ont même pas touché la prime Covid ! Les AED (Assistants d’Education), en première ligne dans la mise en œuvre des protocoles sanitaires dans les écoles, les AESH, accompagnant les enfants handicapés, « 100 % nécessaire et 100 % précaire » !

Des étudiants sont aussi venus dans les cortèges dénoncer cette « rentrée fantôme » annoncée par Macron. Ils réclament des moyens, des postes dans les facultés pour l’ouverture en demi-groupe des amphis, refusant d’être une « génération sacrifiée » par la politique de rentabilité et d’économies dans l’Education.

L’augmentation considérable de la dette publique, résultant des injections massives d’argent dans les plans de soutien à l’économie plombée par la pandémie, inquiète et divise les « spécialistes ». Ils craignent l’explosion d’une nouvelle crise de la dette publique, discutent des solutions les plus à même, selon eux, de la retarder à défaut de pouvoir l’éviter.

Certains économistes, défenseurs déclarés du capitalisme comme antilibéraux, préconisent l’annulation, en tout ou partie, de cette dette. D’autres, comme Olivier Blanchard, professeur d’économie et membre de la commission mise en place en mars par Macron pour préparer un rapport sur « l’après-crise », estiment que « L’endettement est soutenable et devrait le rester pendant longtemps »… Tous, derrière les divergences qu’ils affichent, ont un même souci : maintenir à flot un système économique qui prend l’eau de toute part.

Mais leurs « solutions » seront bien incapables de rompre le cercle vicieux dans lequel le mode de production capitaliste est enfermé entre chute de productivité, récession, accumulation de bulles spéculatives, course à l’endettement, le tout sur fond d’aggravation de la crise sociale, explosion des inégalités, du chômage…

« 66 millions de procureurs » font la « traque incessante de l’erreur ». « Ce n’est pas comme ça qu’on avance », « l’un des problèmes de la France, c’est la défiance » a doctement expliqué Macron jeudi avant de nous enjoindre de « toujours continuer à regarder l’horizon et préparer le lendemain » car « sinon, nous subirons les crises à venir ». Sans blague !

Le problème ce n’est donc pas la soif de profits, une économie qui « traque » de manière compulsive les gains de productivité, qui plonge le monde dans une concurrence généralisée qui fait exploser le chômage. Non, le problème pour les classes dominantes et Macron, c’est que les travailleurs, les jeunes disent leur écœurement face aux mensonges, au prix payé pour assouvir la soif de profits d’une minorité, au chaos qu’elle génère. C’est que la population dénonce l’incapacité du gouvernement à mettre en œuvre la moindre politique sanitaire autre que répressive.

Le scandale est quotidien. Les labos de l’industrie pharmaceutique, incapables de répondre aux besoins, négocient les vaccins au plus offrant dans le grand casino capitaliste. Les pays riches, qui ont précommandé et bloqué des centaines de millions de doses, sont livrés au compte-gouttes. L’immense majorité de la population mondiale, non solvable, n’y a pas accès.

En France, une semaine à peine après leur ouverture, des centres de vaccination ont dû fermer, des RV ont été annulés, la vaccination de soignants interrompue alors même que des clusters se multiplient dans les hôpitaux à nouveau confrontés à une dangereuse augmentation des hospitalisations.

« Nouvel ordre mondial. Vous êtes bon pour Guantanamo. L’amour d’un monde meilleur l’emportera. Vive la liberté », « la solidarité rend la police inutile ». Samedi des dizaines de milliers d’opposants à la loi LSG auxquels s’étaient joints de nombreux jeunes protestant contre l’emprisonnement et les condamnations encourues par 4 raveurs de Lieuron ont manifesté un peu partout dans le pays. L’imposition du couvre-feu à 18 heures offre un contraste saisissant avec la mise au point rapide de plusieurs vaccins qui montre les possibilités gigantesques que représentent les progrès techniques, scientifiques et le travail des chercheurs. Les ratés de la campagne de vaccination sont à mettre au compte de l’incurie du gouvernement qui oscille entre souci des intérêts privés, politique de com et injonctions insupportables et de la défiance que suscitent les grands groupes pharmaceutiques bien connus pour leur rapacité, l’absurdité de la concurrence qui les oppose dans un secteur aussi vital, leur opacité.

Mercredi dernier, la chambre des représentants a adopté par 232 voix pour dont 10 républicains l’article accusant Trump d’« incitation à l’insurrection » alors que 197 républicains l’ont rejeté. Ce vote engage le processus d’empêchement qui ne pourra aboutir, de toute façon, qu’après que Biden ait pris ses fonctions. Et il faudrait 17 dissidents républicains pour obtenir la condamnation de Trump. Ce dernier a réagi, dans son rôle, avec mépris et arrogance : « Ce canular de mise en accusation est la continuation de la plus grande et de la plus vicieuse chasse aux sorcières de l'Histoire de notre pays. Il provoque une colère, une division et une douleur énormes, bien plus que la plupart des gens ne s'en aperçoivent, ce qui est très dangereux pour les États-Unis, surtout en cette période très sensible ».

Le lancement de la campagne de vaccination contre la Covid 19 a été l’occasion, pour le gouvernement, de donner une nouvelle démonstration de son incurie. Commencée le samedi 27 décembre, à peine 500 personnes avaient été vaccinées au cours du week-end qui a suivi, 7000 dans la semaine pour 216 000 en Allemagne… Macron, qu’aucune indignité n’arrête, a tenté de se défausser de ce fiasco en chargeant l’administration des services de santé, prétendant qu’il « ne laissera pas s’installer une lenteur injustifiée ». Véran, lui, y est allé d’un nouveau mot d’ordre : « Amplifier, simplifier, accélérer ». Jeudi 7, lors de la conférence de presse organisée par Castex, il annonçait que 45 000 vaccinations avaient été réalisées au cours des 5 derniers jours et promettait le million pour fin janvier. L’avenir dira ce que sera réellement cette « accélération »...

Il devient de plus en plus évident, même pour les plus « optimistes » défenseurs du système dominant, qu’il n’y aura pas de retour au monde d’avant et que leur monde d’après s’annonce comme une décomposition sociale, sanitaire, démocratique sans autre réponse qu’une politique répressive et policière. Une profonde réaction sociale et idéologique est en route dont les responsables et les acteurs sont les classes dominantes et les États qui les servent. Le processus n’est pas hexagonal, il est global, mondialisé, il est celui de la faillite d’une classe dominante parasitaire, dépassée par l’évolution de la société et la révolte que sa politique engendre.

Les émeutes antiparlementaires de l’extrême droite complotiste, encouragée par Trump, occupant le Capitole au moment de l’enregistrement officiel de l’élection de Biden, en sont une inquiétante manifestation au cœur même de la citadelle capitaliste. Cette tragique mascarade, qui a bénéficié de la passivité complice de la police tétanisée par Trump, est l’expression de la décomposition du capitalisme, de sa faillite, de son échec à représenter l’avenir de la société. Biden au pouvoir continuera, sur le fond, la même politique au service de Wall Street, alimentant les frustrations et les colères auxquelles seul le monde du travail peut offrir une perspective progressiste et démocratique.

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