Ce samedi, comme durant tout l’été, les manifestations contre le pass sanitaire se sont maintenues, exprimant une profonde colère contre la politique du gouvernement. Dans une situation pour le moins confuse, où directions syndicales comme partis de gauche sont incapables d’offrir une perspective à la contestation, l’extrême-droite tente de profiter de la situation. Préjugés antivaccins, chauvinisme, souverainisme, dénonciation des immigrés…, une politique d’autant plus médiatisée qu’elle sert les intérêts de Macron, en réduisant la contestation actuelle aux antivaccins.

Mais le mouvement s’élargit alors que le 30 août le pass sanitaire entre en vigueur dans une série d’entreprises et de services publics. Dans bien des endroits, des militants syndicaux, politiques, des salariés appellent à lutter contre sur d’autres bases que la « liberté individuelle », en se démarquant des antivax et autres complotistes. Ils défendent l’intérêt collectif, dénoncent le « pass licenciement » et la politique de police sanitaire de Macron comme les camarades de la CGT TUI, de Sud Poste 92, de Sud commerces et services... qui ont pris l'initiative d'appeler à constituer des pôles ouvriers lors des manifestations de samedi.

Trame de l’Intervention d’Yvan Lemaitre au débat « Quelle organisation pour les anticapitalistes et révolutionnaires » dans le cadre de l’Université d’été du NPA

Je voudrais faire une première remarque pour préciser l’objet de la discussion : la vraie question qui se pose à nous n’est pas celle de l’organisation dont nous avons besoin mais bien plutôt celle de l’organisation dont les classes exploitées ont besoin pour leur émancipation par elles-mêmes et comment nous pouvons œuvrer à la construction d’un tel parti.

Je suis militant du courant Démocratie révolutionnaire, du NPA, un courant dont l’histoire illustre les difficultés de l’extrême gauche à définir une stratégie de construction du parti dont les classes exploitées ont besoin. Notre courant est né de notre exclusion-rupture avec Lutte ouvrière au lendemain de l’élection présidentielle et du mouvement de novembre décembre en 1995 après qu’Arlette Laguiller avait appelé à la construction d’un parti des travailleurs, appel rapidement remis dans sa poche. Après avoir créé Voix des travailleurs nous avons fusionné avec la LCR puis participé à la majorité qui prit l’initiative de fonder le NPA qui était pour nous une possibilité de tenter de répondre à la dérobade de LO.

Nous reprenons ci-dessous les grandes lignes de l’intervention faite dans le cadre des introductions à l’atelier de l’Université d’été du NPA intitulé « Le Front unique, dans les luttes et… dans les urnes ? ». Nous avons écarté la question des urnes et des aventures électorales municipales et régionales de certains camarades avec LFI auquel le titre voulait renvoyer. Chacun connaît la teneur des désaccords sur ce sujet au sein du NPA, inutile d’y revenir, et ces alliances électorales ont bien peu à voir avec un quelconque « front unique ».

Cette formule, défendue dans un contexte historique bien particulier, est devenue une sorte de lieu commun au sein du mouvement trotskiste, bien souvent utilisée pour expliquer ou justifier des démarches unitaires.

Discuter du Front unique nécessite de revenir sur son origine pour se demander en quoi cette formule peut ou non nous être utile aujourd’hui. Est-elle opérante pour faire face aux responsabilités qui sont les nôtres, à la nécessité d’unifier les forces militantes disponibles pour aider à l’unité de notre camp social et à renforcer la conscience de classe face à l’offensive et la faillite capitalistes ?

La chute de Kaboul le 15 août, le retour au pouvoir des talibans marquent un tournant important dans la politique internationale même s’ils étaient attendus et annoncés après que Biden a confirmé la fin du retrait des troupes américaines le 31 août. Les négociations visant à organiser ce retour au pouvoir avaient commencé sous Obama pour se concrétiser sous Trump. Le gouvernement officiel d’Ashraf Ghani, gouvernement fantoche, n’était pas convié aux discussions, ce qui en dit long sur son peu de poids aux yeux des dirigeants américains eux-mêmes. Le 29 février 2020 à Doha au Qatar, Trump annonçait qu’il était parvenu à un accord avec les talibans. Il reviendra à Biden de gérer la suite...

L’ampleur de la débâcle, l’effondrement du régime pourri jusqu’à la moelle mis en place par le Pentagone, dont les troupes ont largement contribué à l’armement des talibans et ont fui le combat ne sont pas non plus une surprise. Les scènes de fuite et de panique à l’aéroport de Kaboul ont donné à voir au monde entier l’ampleur de la déroute des USA.

Samedi 31 juillet, les manifestations contre le pass sanitaire étaient encore plus nombreuses que la semaine dernière, toujours aussi confuses aussi. Le vote de la loi au pas de charge dans la nuit du 25 juillet n’a entamé ni la détermination, ni la colère, mais l’incapacité de la gauche syndicale et politique à ouvrir une perspective au mécontentement laisse la place à tous les préjugés, en particulier antivaccins dont l’extrême droite fait son fonds de commerce.

A Paris, Philippot appelait, comme la semaine dernière, à un cortège séparé qui a rassemblé 2 000 personnes. Ancien n° 2 du FN, le voilà prêt à toutes les démagogies contre « l’idéologie covidiste », tout en multipliant les discours souverainistes ou xénophobes, comme Asselineau, Dupont-Aignan ou Le Pen en pleine rivalité dans la perspective des présidentielles.

L’explosion de colère qui s’exprime depuis 3 semaines pose la question politique de fond du moment. Défendre les intérêts des travailleurs et de la population, en particulier sur le terrain sanitaire mais aussi social et politique, nécessite une rupture radicale avec le jeu institutionnel de la gauche qui ne craigne pas l’affrontement avec le pouvoir et la remise en cause du capitalisme. C’est aussi la seule façon de ne pas laisser le terrain aux démagogues réactionnaires de tout poil.

Jamais sans doute la nécessité de changer de mode de production, de la planifier en fonction des besoins de la collectivité en définissant démocratiquement ses priorités et la répartition des richesses produites n’est apparue aussi nécessaire et urgente à une fraction de la population.

La pandémie, à la fois un révélateur et un accélérateur de la faillite capitaliste, fait prendre conscience de l’urgence sanitaire, écologique, économique, démocratique, alors que les classes dominantes amplifient l’offensive pour maintenir leurs profits, remettent en cause les retraites, les droits des chômeurs et accélèrent la précarisation et la paupérisation du monde du travail, sa mise en concurrence dans le monde entier tandis qu’un lourd chômage de masse est annoncé.

C’est dans ce contexte que se discute avec une acuité nouvelle la nécessité d’un revenu garanti pour toutes et tous quelle que soit sa situation, avec ou sans emploi, pour simplement vivre, payer son loyer, élever ses enfants.

Aussitôt après son annonce de l’instauration du pass sanitaire le 12 juillet, Macron s’est empressé de faire adopter au Parlement son extension, en plus du domaine de la culture, des spectacles, dans les cafés et restaurants, les activités sportives, les trains et bus, le tourisme et même les centres commerciaux, aux soignants et à tous les salariés en contact avec le public. Ils seront contraints de se vacciner d’ici le 15 septembre sous peine de licenciement. Une politique autoritaire, basée sur la stigmatisation de travailleurs indispensables désignés comme responsables de la 4ème vague, alors que les parlementaires, l’armée et les policiers en sont dispensés. Le Sénat lui a donné son aval avec de bien timides amendements.

Nous refusons ce pass qui n’a rien de sanitaire. C’est un instrument de contrôle des salariés et de la population, imposé alors qu’il manque des doses de vaccin, inapplicable et inefficace jusqu’à l’absurde, empêchant l’accès à l’hôpital ou en EHPAD même un bref moment aux visiteurs non vaccinés, indispensable pour voyager en TGV mais pas dans les métros et RER bondés...

Les cérémonies du centenaire du Parti communiste chinois ont été l’occasion d’alimenter la campagne contre la Chine orchestrée par les USA. Le thème en est simple et bien rodé, « communisme » signifie dictature, Xi Jiping en est l’incarnation. Les falsifications historiques dénoncées par la presse occidentale sont tout autant de son fait.

Les uns et les autres masquent les mécanismes profonds de la lutte des classes qui ont conduit à cette situation où un prétendu parti communiste dirige la deuxième puissance capitaliste du monde.

Ignorant la compréhension matérialiste de l’histoire qu’ils combattent, ils interprètent les événements à travers le prisme de l’idéologie, le rôle des grands hommes dont ils sont dupes. L’Etat chinois se glorifie de son national-communisme alors que l’occident y voit l’occasion de perpétuer inlassablement sa campagne contre le communisme.

Lors de son discours du lundi 12 juillet, après avoir pratiqué, non sans cynisme, l’autosatisfaction sur sa gestion de la crise, Macron, adepte de la stratégie du choc, a annoncé l'extension du Pass sanitaire dès le 21 juillet, la fin de la gratuité des tests PCR à l'automne et surtout l'obligation vaccinale pour les soignants, tout en confirmant la mise en œuvre de la réforme de l’assurance chômage et le projet d’allongement de l’âge de départ à la retraite.

Olivier Véran en a rajouté, le soir même, dans la provocation à l’égard des personnels soignants : « À partir du 15 septembre, si vous êtes soignant et que vous n’êtes pas vacciné, vous ne pourrez plus travailler et vous ne serez plus payé ». Et Élisabeth Borne, ministre du Travail, de préciser le lendemain la menace : contrat de travail suspendu le temps de se vacciner et « mise à pied », voire « licenciement » en cas de refus.

Après la déroute de LREM aux élections régionales, Macron tente de reprendre la main vis à vis de l’électorat réactionnaire, posant à celui qui a le « courage » de s’en prendre aux plus précaires et à l’ensemble du monde du travail au travers des retraites.

Dès le mois de mars, la droite avait déjà pris les devants avec Bertrand : « À l’horizon 2028-2030, il nous faudra travailler deux ans de plus, jusqu’à 64 ans, et si l’espérance de vie continue à progresser, il faudra, dans les années qui suivent, aller jusqu’à 65 ans ».

Début juin, Macron lançait un premier ballon d’essai, en annonçant sa volonté de prendre des « mesures difficiles » sur les retraites dans les mois qui viennent, pour couper l’herbe sous les pieds de la droite. Mardi 6 juillet, il convoquait un sommet social destiné à préparer ses futures annonces sur la fin du quinquennat et sur les retraites tout particulièrement.

ris à contre-pied par le chef, les ministres et les députés LREM ont multiplié les déclarations contradictoires. Lemaire réclame de relever l’âge de la retraite « sans remettre à demain ce qu'on peut faire aujourd'hui » au nom de l’équilibre des comptes… lui qui a creusé les déficits avec un plan de relance qui a profité exclusivement au CAC40 ! Ferrand, président de l’Assemblée nationale, appelle à attendre l’après-présidentielles : « se précipiter serait folie à mes yeux », tout comme le patron LREM du Sénat, Patriat : « Il y a déjà eu assez d’embûches avec les gilets jaunes, le conflit sur les retraites et le Covid pour charger encore la mule » !

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