Dans ses vœux pour 2024, Macron s’est posé en chef du « réarmement » de la France, ridicule posture qui ne pouvait masquer le discrédit, la crise politique profonde accentuée par le vote de la loi Immigration, « victoire idéologique » de l’extrême-droite dont Le Pen espère bien encaisser les dividendes.

Forme de lucidité sur ses moyens, il tente surtout et d’abord le réarmement de son gouvernement, affaibli par les menaces de démission en son propre sein, quelques ministres ayant manifesté lors du vote de la loi des velléités contestataires, vite oubliées, et la démission bien réelle du ministre de la santé Aurélien Rousseau.

Il tente de faire du remaniement ministériel son cheval de bataille pour poursuivre son offensive contre le monde du travail et les classes populaires. Il aura bien du mal à résoudre la quadrature du cercle pour réussir à manœuvrer la nouvelle majorité qui s’est constituée autour de la loi Immigration à l’Assemblée avec la droite et l’extrême-droite, pour l’essentiel contre lui. La concurrence avec l’extrême-droite pour le pouvoir s’exacerbe… sur les mêmes bases politiques, la même instrumentalisation du nationalisme et du racisme au service des intérêts et des profits des classes dominantes. Quel que soit le résultat des calculs et tractations à venir autour du remaniement, Macron est sans majorité, le pouvoir affaibli et sans attendre quoi que ce soit des élections, obsession du microcosme politicien, le monde du travail a l’avenir entre ses mains pour défendre ses droits et renvoyer l’extrême droite dans les cordes.

Hier soir, 13 jours après que le Sénat puis l’Assemblée nationale ont adopté la loi Macron-Darmanin-Ciotti-Le Pen sur l’immigration, Macron s’est livré à son habituel étalage d’autosatisfaction, hors sol, drapé dans le tricolore pour se vanter « du réarmement » de la nation, appeler à une unité nationale dont il se voudrait le chef. Il entend poursuivre et accentuer l’offensive contre les classes populaires en manœuvrant entre les forces du bloc réactionnaire nationaliste majoritaire à l’Assemblée nationale qui s’est regroupé autour de la loi xénophobe qui se revendique de la « préférence nationale », cheval de bataille de Marine Le Pen et du RN. Au-delà des convulsions internes qui ont secoué les différents partis dont la majorité, ce tournant était inscrit dans l’évolution réactionnaire du microcosme politicien parlementaire sous la pression de l’exacerbation des tensions sociales et internationales engendrées par la politique des classes dominantes, les guerres.

Le rejet de la loi Immigration est à la fois un échec pour le gouvernement sans majorité, et une gifle à Darmanin qui voulait en récupérer les fruits pourris pour ses ambitions de leader du bloc réactionnaire. Il s’est heurté aux petites manœuvres parlementaires de LR et du RN, concurrents et rivaux dans la surenchère xénophobe et sécuritaire, et à celles de la gauche prétendant combattre les débordements réactionnaires des Darmanin-Ciotti-Le Pen par le rejet de la loi. L’insoumis Manuel Bompard sur RTL s’est dit soulagé de s’éviter ainsi « un climat nauséabond » contre les étrangers, comme si l’agitation politicienne dans le théâtre d’ombres du Parlement allait mettre un coup d’arrêt à l’offensive réactionnaire du gouvernement, de la droite et de l’extrême-droite contre les travailleurs et les classes populaires.

Mardi 12 décembre, Biden, recevant Zelensky qui venait de célébrer l’investiture du nouveau président argentin d’extrême droite, Javier Milei, à Buenos Aires, interpellait le Congrès américain qui « doit adopter une rallonge pour l’Ukraine [...] avant qu’il n’offre à Poutine le plus beau cadeau de Noël qui soit ». Les Républicains ont fait la sourde oreille et refusé la rallonge de 61 milliards. Zelensky devra se contenter d’une aide militaire supplémentaire de 200 millions de dollars.

Le dernier congrès de Lutte ouvrière, qui a eu lieu début décembre définit l’essentiel du contenu de notre travail face à la faillite du capitalisme. La perspective que nous avons à défendre et autour de laquelle regrouper les travailleurs, les femmes, les jeunes, les militants, est résumée par le titre de leur premier texte : « Pour mettre fin au chaos capitaliste, renversement révolutionnaire de la bourgeoisie en faillite ! »[1]. Leur critique, nouvelle, d’un programme de revendications emprunté au Programme de transition qui, détaché de cette perspective, devient du « syndicalisme réformiste », s’inscrit dans cette volonté de mettre au centre la question de la transformation révolutionnaire de la société. Nous partageons aussi leurs analyses sur la guerre d’Ukraine ainsi que sur la guerre du Moyen-Orient, le caractère génocidaire de la guerre de l’État d’Israël et des puissances occidentales contre la population palestinienne et le caractère réactionnaire du Hamas, même s’il ne s’agit pas de renvoyer dos à dos l’État sioniste et théocratique, colonialiste et le Hamas.

Le projet de loi Immigration a été adopté en commission des lois de l’Assemblée nationale dans la nuit de vendredi à samedi 2 décembre, avant d’être discuté dans l’Hémicycle à partir du 11 décembre. Le texte avait fait l’objet au Sénat de toutes les surenchères xénophobes et racistes de la droite et de l’extrême-droite et la commission des lois à majorité macroniste a rétabli en partie le premier projet, qui est une attaque d’ampleur contre les travailleurs immigrés, les migrants et demandeurs d’asile.

L’article 3, sur la régularisation des travailleurs étrangers dans les métiers dits en tension qui avait fait hurler la droite et l’extrême-droite et qui était leur « ligne rouge », supprimé par le Sénat, n’a pas été rétabli alors qu’il est revendiqué par une partie du patronat de ces secteurs qui voudrait pouvoir exploiter légalement une main d’œuvre corvéable à bas prix. Les régularisations seront soumises à l’arbitraire des préfets qui pourront s’y opposer au motif de « menace à l’ordre public » ou « non-respect des valeurs de la République ou polygamie ». La démagogie réactionnaire et xénophobe fait la loi...

Vendredi, au Conseil de sécurité de l’ONU, les USA, seuls, ont mis leur veto à « un cessez-le-feu humanitaire immédiat ». « Cela planterait seulement les graines pour une future guerre, parce que le Hamas n’a aucun désir d’une paix durable » s’est justifié l’ambassadeur américain reprenant le mensonge officiel de l’ambassadeur israélien : « le vrai chemin vers la paix est seulement de soutenir la mission d’Israël, absolument pas un appel à un cessez-le-feu ».

Quelle cynique hypocrisie ! Il ne s’agissait même pas d’un cessez-le-feu dans la guerre tout au plus d’un répit dans le martyre des Palestiniens.

Toute la semaine, politiciens démagogues et journalistes aux ordres ont alimenté une campagne répugnante suite à la mort du jeune Thomas à Crépol, à l’image de Laurence Ferrari sur CNews, entamant son émission par : « Il y a dans l’air comme un parfum de guerre civile » ! Une instrumentalisation destinée à attiser les peurs et les préjugés racistes les plus crasses.

Et immédiatement, ce matin, le monde politicien s’est emparé de l’attaque mortelle de cette nuit à Paris, par un jeune connu pour des troubles psychiatriques et pour se revendiquer de l’Islam radical. Borne a donné le la : « Nous ne céderons rien face au terrorisme. Jamais », un ton martial mille fois entendu alors que tout démontre que leur guerre contre le terrorisme ne fait que l’entretenir et engendrer des tensions mortelles et, effet collatéral, des actes désespérés d’individus fragiles.

C’est bien là le but des provocations verbales de la droite et physiques de l’extrême droite, exacerber les tensions, les peurs et la xénophobie dont ils espèrent tirer profit.

Après le septième jour de la trêve, dite « pause opérationnelle », entre Israël et le Hamas, l’armée israélienne a repris son œuvre de destruction et de mort. L’accord a permis la libération de 86 otages israéliens auxquels s’ajoutent 24 étrangers ou binationaux et de 240 prisonniers palestiniens. Des camions d’aide humanitaire ont pu entrer dans Gaza où la population est menacée de famine et d’épidémies. Dérisoire aux regards des immenses besoins, les habitants de la bande de Gaza vivent « une catastrophe humanitaire monumentale, sous les yeux du monde », a dénoncé mercredi le secrétaire général de l’ONU, réclamant un « véritable cessez-le-feu humanitaire ».

Mais, inexorablement, comme Netanyahou l’avait dit dès le début de la trêve, Israël reprend son œuvre sinistre génocidaire.

Biden s’est déclaré « extraordinairement satisfait » de l’accord conclu mercredi dernier entre Israël et le Hamas pour la libération de 50 otages en échange de la libération de 150 prisonniers palestiniens et d’une « trêve » de 4 jours. 6700 Palestiniens, dont un grand nombre d’adolescents, seraient actuellement détenus en Israël, et un tiers d’entre eux placés en « détention administrative », sans aucun motif officiel, de manière totalement arbitraire. Pendant cette pause, huit Palestiniens ont été tués en Cisjordanie par l’armée israélienne.

Dès l’annonce de l’accord, les autorités israéliennes avaient pris soin de préciser qu’il ne s’agissait que d’une « pause » dans les combats, dont le renouvellement chaque jour est conditionnée par la libération des otages et au cours de laquelle pendant 6 heures par jour « aucun aéronef, avion, hélicoptère ou drone ne serait autorisé à survoler la bande de Gaza ». Sans que soit précisé ce qu’il en sera les 18 heures restantes.

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