Le drame des attentats de Barcelone et de Cambrils a été l'occasion pour le pouvoir espagnol de remettre en scène le scénario d'union nationale, instrumentalisation politique de la colère et de la révolte pour tenter de soumettre l'opinion catalane et celle de l’État espagnol à la politique du gouvernement. Si l'opération n'a pas pleinement réussi trouvant sur sa route une forte contestation populaire, elle vient souligner l'importance pour le mouvement ouvrier d'avoir une politique indépendante des États face à la prétendue guerre contre le terrorisme menée par la coalition internationale impulsée par les USA.

Cette politique est nécessairement internationaliste, à l'opposé d'un point de vue national, européen ou occidental, elle ne participe pas au piège de « la compassion narcissique » qui établit une hiérarchie entre les victimes du terrorisme ou de la guerre selon leur nationalité, leur origine ou leur religion. Est-il besoin de rappeler que le terrorisme frappe en premier lieu les populations du monde arabo-musulman parmi lesquelles la guerre des grandes puissances sème aussi la mort, sinistres dommages collatéraux d'une guerre sans fin.

« La France est dans les cordes et aucune esquive ne nous sauvera. J’ai conscience d’appeler à l’effort et au courage » expliquait Philippe quelques jours avant l’annonce de la baisse des APL. Cette baisse de 5 euros par mois qui va toucher à partir d’octobre les 6,5 millions de personnes les plus pauvres et précaires, l’équivalent de plusieurs repas en moins pour beaucoup, illustre la brutalité et le cynisme du gouvernement. « On répond à une urgence » a asséné Castaner, porte parole du gouvernement, « il manque 150 millions d’euros dans le budget de l’Etat ». La mesure va rapporter 32,5 millions d’euros chaque mois à l’Etat, 390 millions sur une année. Face aux réactions indignées, Macron aurait traité a posteriori la décision de « connerie sans nom »… sauf que le ministre en charge du dossier, Mézard, a modérément apprécié le revirement et fait savoir que « rien ne s’est fait sans le consentement de Macron »…

Dans le même temps, le gouvernement va injecter des milliards d’euros dans les poches des plus riches et du patronat : la transformation de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) en impôt sur la fortune immobilière (IFI) représente à lui seul un cadeau de 3 milliards dès 2018, qui s’ajoute à la baisse de l’impôt sur les société qui va passer de 33,33 % aujourd’hui à 28 % l’an prochain -25 % à terme- et à l’augmentation du CICE (crédit impôt compétitivité emploi) qui passe de 6 à 7% de la masse salariale. Mais Castaner l’assure : « il ne s’agit pas de cadeaux aux riches mais de financer l’économie réelle »… Cette « économie réelle » repose sur l’accaparement permanent des richesses par une poignée de parasites, l’extorsion de la plus-value créée par le travail.

Le séminaire de « refondation » du Front national, les 21 et 22 juillet, était censé répondre aux doutes provoqués par l’échec, très relatif malheureusement, de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, suivi des 14 % aux législatives. Le FN réalise en effet son meilleur score mais il est un parti comme les autres, au moins sur ce terrain de la lutte pour le pouvoir, et il regroupe autour de lui des gens qui en espèrent postes, sinécures et autres avantages...

D’où les frustrations et insatisfactions, les doutes et les difficultés de Marine Le Pen, la contestation dont elle a été l’objet. Elle semble avoir réussi à la surmonter en étant élue députée et c’est sur Philippot, le vice-président, que les critiques se sont concentrées.

Le fait que Sophie Montel, proche de ce dernier, ait été démise de sa fonction de présidente du groupe FN au Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté donnait du crédit à la possibilité d’un réel conflit entre la présidente et son vice président. Qu’en est-il exactement ? Personne n’en sait rien dans ce parti où la démocratie est une façade et où les dirigeants se livrent à des jeux de rôle bien répartis…

Aujourd’hui 4 août, Maduro installe sa Constituante, élue dimanche dernier. Cette élection, boycottée par l’opposition, s’est déroulée dans le climat d’affrontements meurtriers quasi quotidiens auxquels le pays est en proie depuis plus de 4 mois. La journée de vote, très violente, s’est soldée par une dizaine de morts.

Cela n’a pas empêché Maduro de se féliciter, dès le soir du scrutin, d’un résultat qui aurait atteint 41,5 % des voix, un million de voix de plus que le vote organisé par la droite contre cette élection le 16 juillet. Ces chiffres sont largement exagérés, comme l’a confirmé depuis l’organisme privé chargé d’organiser le vote électronique, qui a accusé le gouvernement d’avoir annoncé des résultats mensongers. Le mode d’élection permettait par ailleurs à certains électeurs de voter deux fois, comme citoyen d’une circonscription territoriale et comme membre de certaines catégories socioprofessionnelles, choisies par le pouvoir pour lui être favorables. Quant aux personnes les plus pauvres, qui dépendent des distributions de nourriture organisées par les CLAP (Comité local d’approvisionnement et de production), elles ont été menacées d’en perdre le « bénéfice » si elles s’abstenaient…

Mercredi matin, le général de Villiers a remis sa démission à Macron qui l’avait admonesté publiquement lors d’une réception officielle le 13 juillet. « Je suis votre chef », avait lancé Macron au chef d’état-major des armées parce que celui-ci avait protesté contre la réduction des crédits militaires sur l’année en cours de 850 millions d’euros. Alors même que le gouvernement s’est engagé à porter le budget militaire au montant astronomique de 2 % du PIB d’ici à 2025, soit environ 50 milliards d’euros contre un peu plus de 32 aujourd’hui.

La « première crise du quinquennat », comme l’ont titré certains journaux ? La première difficulté sérieuse, en tout cas, qui ternit le tableau idyllique, olympien, que les medias aux ordres de leurs neuf propriétaires milliardaires ont fabriqué du président « jupitérien ». Macron a facilement repris l’avantage face à son opposant galonné, un homme de son camp, serviteur comme lui des intérêts des classes possédantes.

L'affaire risque d'être plus compliquée devant le mécontentement de la population qui n’entendra pas rester, elle, la « grande muette » face une politique qui sacrifie ses intérêts pour ceux du grand patronat et... les dépenses militaires.

Manifestement Macron est un homme comblé. Il a enfin une scène, et quelle scène, pour jouer son propre rôle, tel qu'il se voit et se pense, subjugué et dupe de lui-même. Sarkozy, pourtant talentueux, n’était qu’un amateur dilettante. En une semaine, G20 à Hambourg, 14 juillet avec Trump, le Vel d'Hiv avec Netanyahou sans oublier Merkel le 13 juillet, lui ont permis de développer ses talents d'acteur enchaînant les rôles selon ses interlocuteurs, sous le masque d'un visage sans traits ni caractère porté par sa seule ambition de jouer des contradictions et des coudes pour se hisser en haut de l'affiche... Porté par son ambition à dominer les esprits, à servir les intérêts des capitalistes et une très haute idée de lui-même et de sa vertu...

La double provocation du Vel d'Hiv'

La commémoration de la rafle du Vél d'Hiv' était le point d'orgue d'une semaine passée à côtoyer les sommets du monde, l'Olympe du capitalisme. Les 16 et 17 juillet 1942, 13 152 juifs avaient été arrêtés à la demande des nazis et sur ordre du pouvoir français. Ils furent entassés plusieurs jours sur les gradins du Vélodrome d'hiver avant d'être emmenés dans des camps du Loiret. Là, 3 000 enfants en bas âge furent brutalement séparés de leurs parents, déportés les premiers vers Auschwitz. Moins d'une centaine de ces raflés – et aucun enfant – ont survécu.

Le gouvernement d’Erdogan vient d’annoncer que la théorie de l’évolution des espèces de Charles Darwin ne serait plus enseignée dans les collèges et les lycées à partir de la prochaine rentrée en Turquie, au nom des « valeurs turques ». Aux Etats-Unis, la milliardaire Betsy DeVos, nommée par Trump ministre de l’éducation nationale veut favoriser l’enseignement privé religieux pour « faire avancer le royaume de Dieu ».

Deux exemples inquiétants pour illustrer qu’au moment où toute la société s’enfonce dans une crise globale financière, économique, sociale, écologique, où le pouvoir des classes dominantes y perd en légitimité, on assiste à une offensive des idéologies les plus réactionnaires nationalistes, racistes, sexistes, religieuses… n'hésitant pas à nier les avancées de la connaissance scientifique ou à leur opposer une « post-vérité », des « faits alternatifs ».

Cette offensive déstabilise, brouille les repères dans toute la société jusque dans les rangs de ceux qui combattent pour l'émancipation sociale. Le rejet des discours officiels mensongers qui justifient des politiques réactionnaires avec un pseudo-discours scientifique peut conduire à remettre en cause la science elle-même, comme si finalement ce n’était qu’une opinion, une construction sociale comme une autre. Ce relativisme ne peut que désarmer les consciences et ouvrir la voie à tous les errements idéologiques, plus rien n’étant rattaché à une réalité objective connaissable.

Le tournant politique dont les élections ont été la sanction, l’effondrement du PC, la dynamique de La France Insoumise, les nouvelles attaques mises en route par Macron, plus généralement l’évolution du capitalisme mondialisé, posent au mouvement révolutionnaire une série de questions qui méritent discussion.

De ce point de vue, on pourrait se réjouir que Lutte ouvrière ait le souci de débattre avec le NPA. Dans le dernier numéro de Lutte de classe, elle publie un article intitulé « Le NPA à la recherche d’une politique ». Il est cependant difficile de dire qu’il s’agit d’une réelle volonté de discussion tant les faits sont déformés et les raisonnements caricaturés d’un point de vue unilatéral.

« Ça va (vraiment) mieux » titrait Alternatives économiques le 26 juin suite à la parution de la dernière note de conjoncture trimestrielle de l’INSEE qui annonçait, entre-autres, que la croissance du PIB pourrait atteindre 1,6 % en 2017. Cette réaction s’inscrit dans le climat d’euphorie qui semble s’être emparé des esprits avec l’arrivée de Macron au pouvoir. La satisfaction règne sur les visages et dans les discours des journalistes et des spécialistes qui se succèdent à la télévision pour commenter le « phénomène Macron », qui bénéficierait, selon eux, d’un « alignement des planètes incroyablement favorable » …

De la Révolution russe de Février à celle d’Octobre, huit mois de batailles sociales et politiques, d’accumulation de forces révolutionnaires, de déchainement de la réaction, marqués par plusieurs crises majeures, dont les journées des 20-21 avril, 10-18 juin et 3-4 juillet, ont transformé profondément la conscience de la classe ouvrière. Mais quand éclate en avril la première grande crise politique après la Révolution de Février, bien peu nombreux sont ceux qui voient dans le double pouvoir du Gouvernement provisoire et des Soviets, le début d’une opposition à mort entre le régime bourgeois et l’embryon d’un pouvoir ouvrier.

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