Après que Lutte ouvrière a décidé, lors de son congrès en décembre, de présenter à l’élection présidentielle Nathalie Arthaud, que le CCR a annoncé la candidature d’Anasse Kazib, le NPA vient de décider, lors d’une conférence nationale le week-end dernier, de présenter Philippe Poutou[1]. Si cela atteste d’une réelle vitalité du mouvement révolutionnaire, nous ne pouvons que regretter la division de nos forces, en particulier le choix fait par le CCR d’accentuer cette division en rompant avec le NPA pour tenter de présenter son propre candidat. Ce choix va à l’encontre des intérêts du mouvement, il ajoute la division à la division alors que la volonté de sortir de ce morcellement devrait être au centre de nos préoccupations et de notre politique.

En effet, cette vitalité du mouvement révolutionnaire masque une grande faiblesse, son incapacité à sortir du passé pour élaborer collectivement, mettre en œuvre une analyse, une compréhension de la nouvelle période, un programme et une stratégie révolutionnaire capables non seulement d’unifier leurs rangs mais d’aider aux évolutions des consciences, à la convergence des luttes et des mobilisations pour construire une large mouvement de contestation politique de la domination de l’oligarchie financière.

Malheureusement, la Conférence nationale du NPA s’inscrit dans ce processus où l’incapacité de dépasser nos limites nourrit les divisions et rivalités fractionnelles[2].

Nos échanges autour de la présidentielle et de ce que nous voulons y porter se tiennent alors que vient d’être publié un nouveau rapport du GIEC qui, à lui seul, donne la mesure des défis auxquels l’humanité, le monde du travail, la jeunesse doivent faire face. Il ne s’agit pas de demain, de perspectives lointaines, d’un supplément d’âme révolutionnaire. C’est aujourd’hui.

L’accélération, l’imminence de la faillite capitaliste a des conséquences très concrètes pour l’immense majorité de la population à travers le monde, des conséquences sociales, économiques, écologiques et démocratiques.

L’offensive des classes dominantes pour tenter de maintenir les profits d’une ultra minorité condamne des milliards de personnes à la misère, au dénuement, aux guerres, aux catastrophes climatiques et sanitaires. La pandémie qui n’en finit pas en est une illustration qui en annonce malheureusement très probablement bien d’autres.

A l’heure où nous écrivons, nous ne connaissons pas les résultats du deuxième tour des élections régionales. Ces derniers ne corrigeront pas, ou si peu, la photo que donne le premier de l’évolution des rapports politiques dans le pays. L’abstention a atteint un niveau record de près de 67 %, souvent plus de 80 % dans les quartiers populaires. Le deuxième tour confirme la tendance. Elle exprime un discrédit, un rejet du monde politicien, une indifférence à l’égard d’institutions qui ne fonctionnent qu’à sens unique en faveur des classes possédantes, des riches, une profonde lassitude aussi des discours démagogiques sécuritaires comme du mépris ostensible pour les classes populaires. Et les commentateurs, experts et autres décortiquent les ressentiments de cet animal pour eux étrange qu’est le citoyen, lui font la morale, le tancent et surtout s’inquiètent à l’idée que la machine à duper le bon peuple ne marcherait plus, serait délégitimée par son indifférence. Pire encore, à l’idée qu’il puisse échapper à leur domination idéologique car ils ont bien conscience que l’abstention débouche sur la crise politique, l’instabilité, la contestation qui ouvre la porte à la révolte, c’est-à-dire, au regard des bouleversements et régressions sociales annoncés, à des processus révolutionnaires. D’autant que le parti au pouvoir atteint à peine les scores du PS !

L’humanité est au seuil d’une catastrophe majeure et le dérèglement climatique est en train de prendre une tournure cataclysmique… tel est en substance le contenu du projet de rapport des scientifiques du GIEC qui a été rendu public mercredi dernier par l’AFP. Normalement, les rapports de ce collectif international de scientifiques du climat de l’ONU, passent par le filtre très diplomatique de son approbation par consensus par les 195 États membres… d’ailleurs celui-ci ne devait officiellement paraître qu’en février 2022, après la COP 26 qui doit se tenir à Glasgow…

Cette « fuite » est probablement le reflet de la prise de conscience d’une partie de la communauté scientifique du décalage, de plus en plus insupportable, entre les mensonges cyniques des chefs d’États, comme des représentants des multinationales et non seulement l’absence totale de réponse politique à la hauteur des enjeux mais surtout la fuite en avant des classes dominantes pour imposer « quoiqu’il en coûte » pour l’environnement et les populations la folie de leur course aux profits.

A l’heure où nous écrivons, nous ne connaissons pas les résultats des élections régionales si ce n’est que, sans surprise, les abstentionnistes sont les grands vainqueurs de ce scrutin dont la campagne s’est déroulée dans l’indifférence générale. Personne n’attend rien de ces joutes électorales très éloignées des préoccupations du monde du travail à travers lesquelles les politiciens se disputent postes et sinécures pour eux et leurs amis, multipliant des promesses auxquelles personne ne croit. Les uns comme les autres sont au service de l’ordre établi, celui de la propriété capitaliste, du fric qu’ils baptisent la République.

Si nous ne savons pas encore comment s’opérera la répartition des places, les rapports de force entre les partis institutionnels, nous connaissons la tendance générale qui, elle, est déterminée par la réalité des rapports de force entre les classes, entre les commanditaires et mentors des politiciens et la classe travailleuse, entre ceux qui s’approprient les fruits du travail humain et ceux qui les produisent.

Parler de faillite du capitalisme peut sembler hors de propos alors que les Bourses n’ont jamais connu une telle période de croissance rapide et continue depuis l’effondrement brutal de mars-avril 2020, au début des mesures contre la pandémie. Le paradoxe n’est qu’apparent. L’exubérance est d’autant plus folle sur les marchés financiers, en particulier les Bourses d’actions, qu’elles offrent aux grandes institutions financières, par le trading frénétique qu’elles pratiquent, des rendements pour leurs capitaux impossibles à obtenir dans les investissements productifs dans une économie en panne de croissance. C’est pourquoi Wall-Street, Euronext et cie ont depuis longtemps rattrapé leurs pertes et atteignent des records, tout comme le CAC40 et les autres indices boursiers. Les introductions en Bourse de nouvelles entreprises se multiplient, à la recherche de capitaux frais sur des marchés financiers qui en regorgent, alimentés par les centaines de milliards gratuits déversés tous les mois par les banques centrales.

Près de cinq mois après son arrivée au pouvoir, Biden est venu, cette semaine, faire la tournée des popotes en Europe. « Mon voyage en Europe est l'occasion pour l'Amérique de mobiliser les démocraties du monde entier »Les paroles ont changé mais la musique reste la même autour d’une préoccupation : répondre au discrédit des grandes puissances, dont la première d’entre elles après 4 années de Trump, discrédit du capitalisme lui-même, une préoccupation qui ne peut masquer le fond, contenir et maîtriser les rivalités exacerbées par la concurrence mondialisée au profit de la puissance dominante.

Macron a pris en pleine figure l’effet boomerang de sa politique. La gifle présidentielle assénée par un type d’extrême droite, royaliste, apparemment liseur de Mein Kampf d’Hitler, adepte aussi du site du youtubeur Papacito qui a diffusé peu avant un montage mimant l'exécution d'un militant LFI, n’est que l’effet retour, quelque peu dérisoire et ridicule, de la violence qu’entretient, à tous niveaux, la politique du pouvoir et de ses mentors capitalistes. Tout le petit monde politique a apporté son soutien à Macron et s’interroge sur « la violence et les excès qui agiteraient le débat public mettant en danger la République ». Macron a appelé à « relativiser cet incident » ajoutant : « Tout va bien. » Oui, tout va bien monsieur le marquis sauf pour des millions de personnes qui souffrent des conséquences de votre politique.

Dans le contexte de régression économique, sociale et politique, de crise écologique engendrées par la folle et absurde course au profit et à la concurrence capitaliste mondialisée, accentuée par l’incurie des classes dominantes et des États confrontés à la crise sanitaire que nous vivons depuis plus d’un an, l’élection présidentielle sera un moment politique important où vont s’écrire les rapports de forces politiques à l’issue des 5 années d’offensive contre le monde du travail menée par Macron. Cette offensive antisociale, sécuritaire et raciste, nourrit la montée des forces réactionnaires et rend possible la victoire de l’extrême-droite.

Il est indispensable qu’une voix se fasse entendre en rupture avec la cacophonie des partis institutionnels qui postulent au pouvoir pour gérer les affaires des classes possédantes, une voix indépendante de la gauche de gouvernement, une voix qui porte le mécontentement, la révolte du monde du travail et des classes populaires, une voix qui trace une perspective pour la convergence des luttes et changer le monde, maintenant.

Des tribunes de généraux brandissant la menace d’une intervention de l’armée pour rétablir l’ordre, une manifestation de policiers, soutenue par Darmanin, accusant la justice de laxisme, une campagne du gouvernement contre « les islamo-gauchistes » alors que, de la loi sécurité globale à la loi sur le séparatisme, il multiplie les attaques liberticides dans un climat de surenchères réactionnaires avec l’extrême droite... , le climat politique de plus en plus nauséabond pèse et exerce sa pression sur toute la vie sociale et politique. Alors que les sondages donnent le RN en tête dans plusieurs régions et que l’hypothèse d’une victoire de Le Pen à l’élection présidentielle n’est plus à écarter, désarroi, inquiétude gagnent une large fraction du monde du travail et suscitent bien des interrogations sur les réponses à apporter pour enrayer la logique délétère en route.

Face à ce danger réel, l’envie de réagir se manifeste à travers de multiples initiatives. Comme samedi dernier à Paris, avec la manifestation à l’issue du procès en appel des assassins d’extrême droite du jeune militant antifasciste Clément Méric, et ce même jour la manifestation à Nice « Toutes aux frontières » pour dénoncer le durcissement des politiques migratoires.

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