Pour le droit à vivre dignement, pour la démocratie et la solidarité internationale, tous ensemble...
L’acte XIV des gilets jaunes a été une nouvelle démonstration de la vitalité du mouvement. Nous ne savons pas ce qu’il deviendra dans les semaines à venir, obligé de se définir politiquement, s’il réussira à se dégager de ses confusions populistes, ni si le monde du travail saura s’engouffrer dans la brèche qu’il a ouverte. Mais une chose est sûre, le mouvement engagé le 17 novembre dernier peut d’ores et déjà se revendiquer d’un succès : non seulement il a contraint le gouvernement à reculer et à faire des concessions mais surtout il a révélé le mensonge du discours officiel du pouvoir, sa servilité à l’égard du patronat et des riches comme sa violence verbale et physique à l’égard des classes populaires et de celles et ceux qui redressent la tête.
Plus Macron s’agite en faisant le show de son grand débat, plus il s’isole, plus le malaise qui gagne toutes les couches sociales s’exprime. Il ne peut espérer tenir que du fait que l’oligarchie financière, les gros actionnaires n’ont pas de plan B autre que Le Pen dont, pour le moment, ils ne veulent pas. Mais si la situation la leur impose, ils sauront s’y adapter comme Le Pen saura leur donner toutes les garanties. Elle le fait déjà en se déclarant favorable à la loi contre les manifestants, même si au final les députés RN ont voté contre, en refusant d’augmenter le Smic, en adaptant sa politique européenne à leurs besoins… Et Macron lui prépare le terrain.
Un nouveau chapitre s’ouvre, la convergence, le tous ensemble, une politique pour le monde du travail
« Aujourd’hui, ça peut être le début du chapitre deux de notre mouvement, il faut que tout le monde converge ! » : ces propos d’un membre de la CGT gilet jaune résument l’enjeu de l’étape actuelle de la mobilisation au lendemain de la journée du 5 février et de l’acte XIII. Le 5, à travers le pays, plusieurs dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues, à l’appel principalement de la CGT et de Solidaires mais aussi de gilets jaunes dont bon nombre étaient présents dans les cortèges.
Les convergences qui s’engagent sont le résultat d’initiatives prises à la base. La politique de Martinez n’a, jusqu’alors, cessé de s’y opposer. Il avait refusé toute solidarité avec les gilets jaunes, n’y voyant que la main de l’extrême droite et une simple révolte fiscale. En réalité, Martinez craignait un mouvement parti de la base, rompant avec les cadres institutionnels pour bousculer le pouvoir et l’ordre établi. Maintenant bousculé lui-même par sa propre base et faisant le calcul, erroné, que les gilets jaunes sont à bout de force, il peut tenter d’écrire une autre histoire : « On dit depuis plus de deux mois qu’il faut discuter et trouver des revendications communes. On les a, il n’y a aucune raison qu’on ne défile pas côte à côte, les uns derrière les autres ». Tant mieux cependant que la pression de la base s’exprime et tant mieux aussi que des porte-parole des gilets jaunes aient relayé sur les réseaux sociaux l’appel au 5.
A travers la grève, même si elle a été encore peu suivie, les assemblées générales, les blocages, les coordinations d’enseignants, les stylos rouges, les occupations de fac, la jonction se fait malgré bien des obstacles pour faire prévaloir les intérêts de classe communs.
« Il est temps aujourd’hui de reprendre notre destin en main » (paroles de gilets jaunes). Le 5 et après, vers le rassemblement du monde du travail
Macron se prend les pieds dans son grand débat, esbroufe et confusion, qui lui permet de remobiliser sa base sociale bourgeoise et réactionnaire mais ne convainc personne. Il s’enferre dans son propre piège. « Moi aussi je suis Gilet jaune » ose-t-il prétendre. Méprisant et cynique, il alimente la colère d’autant que chaque semaine apporte de nouveaux faits qui viennent légitimer la révolte et contribuent à préparer l’élargissement du mouvement.
Ainsi les supermarchés appliquent, depuis le 1er février, une hausse des prix de certains produits alimentaires qui atteint 10 %. Ils invoquent la loi négociée entre agriculteurs, industriels et distributeurs qui, sous prétexte de mieux rétribuer les agriculteurs, interdit la vente avec une marge bénéficiaire trop basse sur certains produits alimentaires, mesure que le gouvernement voudrait étendre à tous les produits alimentaires. Un nouvel exemple de la perversité de la politique gouvernementale qui, sous couvert de relever les revenus des agriculteurs, autorise les distributeurs à… augmenter leurs prix. Pas question de les obliger à prendre sur leurs profits ! C’est aussi la hausse des tarifs des autoroutes, 1,8 % en moyenne, soit plus de 10 % en sept ans. EDF, de son côté, annonce une hausse de 6 % des prix de l’électricité au 1er mars…
Contre la violence sociale et policière, rassemblons-nous pour défendre nos intérêts de classe
Des dizaines de milliers de manifestants dans les rues, des assemblées générales dont l’Assemblée des assemblées à Commercy (voir l'appel), des « nuits jaunes», le mouvement des Gilets jaunes persiste et signe. Et cela malgré la répression dont témoigne, parmi d’autres, la grave blessure à l’œil de Jérôme Rodrigues, place de La Bastille à Paris, dans des circonstances qui interrogent sur les intentions de la police.
Macron et ses ministres pensaient avoir retourné la situation à leur profit en faisant du grand débat l’occasion d’une campagne permanente aux frais des contribuables. Mais personne n’est dupe. Toujours aussi isolés comme le prouve l’échec de la macronade de dimanche après midi, ils ne font qu’attiser la colère. Le mouvement, loin de s’essouffler, s’est approfondi, évolue. Les convergences se cherchent, le mouvement, dans les faits, s’élargit.
Nombreux sont celles et ceux qui veulent s’emparer de la journée du 5 février initiée par la CGT à laquelle appellent Solidaires ainsi que des Gilets jaunes, se coordonner entre entreprises, groupes militants, avec les stylos rouges, syndicalistes, travailleurs du rang, établir leurs revendications communes, décider de la marche de leur lutte.
Leur « grand débat », une entourloupe pour étouffer les gilets jaunes. « Débattons » de notre mobilisation contre leur ordre social capitaliste
Après plus de deux mois de mobilisation, l’acte X en rassemblant, comme la semaine dernière, 84 000 manifestants selon les chiffres gouvernementaux, en réalité bien plus, a été une nouvelle démonstration de la vitalité du mouvement des gilets jaunes. Et c’est surtout une réponse cinglante à l’opération de diversion du « grand débat » voulue par Macron qui n’a pourtant pas ménagé sa peine pour son lancement…
Le ridicule de la mise en scène des deux shows présidentiels est à l’image de Macron et son monde. Bien protégé des gilets jaunes par un impressionnant cordon de sécurité, avec CRS, hélicoptères, quartiers et villes en état de siège, Macron a, par deux fois, fait le spectacle et mouillé la chemise pendant plus de 6 heures devant un parterre de 600 maires sélectionnés. Il peut hypocritement prétendre vouloir « prendre le pouls vivants du pays » et même, devant un maire lui rappelant toutes ses petites phrases méprisantes, répondre cyniquement « je n’ai jamais stigmatisé qui que ce soit », il n’a pu s’empêcher d’afficher son mépris social, lui qui veut « responsabiliser » les pauvres car « il y en a qui font bien » et d’autres « qui déconnent »… Le ton était donné !
Nous approprier collectivement les leçons du mouvement des gilets jaunes
Le mouvement des gilets jaunes marque un tournant dans la situation sociale et politique, il ouvre une crise dont les effets et répercussions sont devant nous. Inédit et imprévu, il nous rappelle que les rythmes de la lutte de classes ne se décrètent pas et soulève bien des questions à la fois sur sa nature, sa signification, ses conséquences, les enseignements que nous pouvons en dégager. Il pose la discussion sur les perspectives et les tâches du mouvement révolutionnaire en termes nouveaux.
S’il n’a jusqu’à maintenant pas été massif, il a tiré sa force du soutien et de la sympathie qu’il a su susciter dans une grande majorité de la population. Il porte, exprime le sentiment profond d’injustice que suscitent l’accentuation des inégalités et la politique délibérée de Macron et du gouvernement au profit non seulement du grand patronat mais des catégories sociales les plus privilégiées. La révolte aussi face à l’arrogance d’un pouvoir isolé et aveuglé par son mépris de classe. En participant au mouvement, à l’occupation des ronds points, aux manifestations et maintenant à des cortèges autonomes, aux assemblées générales, les femmes renforcent le caractère de classe du mouvement, un mouvement des plus exploité.e.s, et y apportent aussi le sens de la solidarité et de la « fraternité », leur capacité à ne pas être dupes.
Après les attaques contre les retraité.e.s, les taxes sur les carburants ont été le déclencheur ainsi que l’ensemble de la fiscalité qui répartit les richesses en faveur des privilégiés sans même parler de l’évasion fiscale. Mais les exigences que porte le mouvement sont plus profondes et remettent en cause non seulement Macron, son gouvernement et sa politique mais, en fait, le capitalisme et ses institutions.
Le « débat », c’est au sein du mouvement, dans la rue et les entreprises qu’il se mène, pour préparer les prochaines étapes
Les menaces et coups de menton grotesques de Castaner déclarant « complices » et coupables toutes celles et ceux qui iraient manifester, un dispositif policier gigantesque et une nouvelle semaine de propagande hostile n’y ont rien changé : la neuvième journée de manifestations a témoigné de la détermination du mouvement, de la révolte. Dans toutes les villes du pays, les manifestants étaient plus nombreux que les semaines précédentes, avec probablement cette fois davantage de chasubles et badges syndicaux, des structures syndicales ayant appelé plus ou moins clairement à participer au mouvement. Le ministère de l’Intérieur a annoncé sans crainte du ridicule 84 000 manifestants (50 000 la semaine dernière)… à peine plus donc à l’en croire que les 80 000 « forces de l’ordre » déployées !
Pour tous, la question ne se pose pas, samedi prochain on se retrouve ! Dans les manifestations, sur les ronds points, continuent à s’exprimer la fierté collective, la solidarité face aux provocations, à la répression et à la violence de l’appareil d’Etat… avec ce sentiment nouveau pour beaucoup d’appartenir à un collectif qui prépare l’avenir, est capable de tenir tête à ceux qui en face cherchent à humilier au quotidien, licencient, précarisent, appauvrissent et accusent, tel Macron, de manquer du « goût de l’effort » !
Face à leur haine de classe, tous nos vœux pour nos luttes contre le capitalisme et ses serviteurs en faillite
« Une fois encore, une extrême violence est venue attaquer la République - ses gardiens, ses représentants, ses symboles. », s’indignait Macron hier soir faisant écho aux propos outragés du porte-parole de son gouvernement, Griveaux, après l’assaut de la cour de son ministère par un engin de chantier.
Ils s’indignent hypocritement alors qu’ils ont simplement reçu la monnaie de leur pièce, la réponse à la répression policière et à leurs provocations délibérées, un acte VIII qui a rassemblé sans doute bien plus que les 50000 manifestants reconnus officiellement par le ministère de l’Intérieur et des manifestations de femmes gilets jaunes dans plusieurs villes. Depuis le début du mouvement jusqu’au 17 décembre, 4750 personnes ont été mises en garde à vue, 3747 poursuivies en justice et sur les 697 jugées en comparution immédiate, 216 ont été emprisonnées, certaines condamnées à plusieurs mois de prison ferme pour des motifs dérisoires. Des dizaines de manifestants ont été gravement blessés par des tirs de flash-balls, les grenades de désencerclement ou les canons à eau. L’« état de droit » de Macron et de ses ministres, c’est un état d’exception d’une République pour les riches, répression et peines de prison pour les pauvres et impunité pour patrons et politiciens corrompus, les Benalla and co.
Il n’y a pas de Père Noël, préparons la suite de la mobilisation…
Le mouvement des gilets jaunes a marqué le pas avec les fêtes, après six semaines de mobilisations qui ont changé en profondeur la situation politique. Il marque le pas mais il est loin d’être terminé. Cela malgré la scandaleuse répression qui frappe des militants du mouvement condamnés à des peines de prison ferme et révèle la corruption du pouvoir plein de mansuétude à l’égard de Benalla, ce voyou des beaux quartiers proche de Macron qui bénéficie de passeports diplomatiques alors qu’il devrait être en prison.
Les gilets jaunes se sont à nouveau manifestés samedi et nombreux sont celles et ceux qui se préparent à fêter sur les ronds-points la fin de l’année. Le mouvement se poursuit aussi à travers les multiples discussions qu’il anime, les questions qu’il pose, la politisation qu’il suscite. Il ne s’agit pas des infinis débats médiatiques des experts et autres spécialistes, ni des sociologisations de celles et ceux qui découvrent avec étonnement « le peuple », mais de nos discussions qui ont traversé les repas et rencontres de fin d’année à travers lesquelles expériences, idées circulent, se forment, s’enrichissent…
Pour y participer, Démocratie révolutionnaire a regroupé dans sa lettre de fin d’année l’ensemble des articles qu’elle a écrits au cours de cette première phase du mouvement.
Ni les bulldozers de Castaner ni les manœuvres institutionnelles n’étoufferont la révolte. Débattons de notre politique pour la suite
« Vous avez raison »… Voilà ce que Macron, roi de l’imposture, a cru bon de répondre à la pétition « Pour une baisse des prix du carburant à la pompe » qui a initié le mouvement des Gilets jaunes. Cynique, il appelle à faire « ensemble et dans le dialogue, de cette colère une chance »… après avoir refusé, des semaines durant, de satisfaire la moindre de leurs exigences et fait donner ses flics, les flash-ball, les grenades, les lacrymogènes contre les manifestants ! Derrière les phrases hypocrites, les matraques, la répression ne sont jamais bien loin. « C'est maintenant l'ordre qui doit régner » a-t-il déclaré, entouré de soldats depuis N’Djamena au Tchad.
Tout est mensonge et double jeu, à commencer par les mesures votées, au final, à marche forcée vendredi : le tour de passe-passe sur la prime d’activité, qui ne concernera que 55 % des salariés payés au SMIC, sur la CSG que les retraités devront continuer de payer jusqu’au mois de juillet… dans l’attente d’un remboursement ! Pour tout le monde, on est loin du compte.
Et pris de panique, le gouvernement a été contraint de lâcher aux policiers quelques augmentations de salaire par crainte d’une contestation de ces « forces de l’ordre » si chères à Castaner. Mais cela ne fait qu’augmenter le mécontentement des Gilets jaunes comme de tous les salariés, en particulier de la Fonction publique, dont les salaires sont gelés depuis des années… Colère qui va bien au-delà des syndicats de fonctionnaires qui quémandent la prime de Noël au gouvernement !



