La guerre entre la Russie et l’Ukraine, qui en est à sa quatrième semaine, semble suivre une logique dévastatrice et criminelle qui échappe à tout contrôle. Les troupes russes sont aux portes de Kiev, elles poursuivent leur lente et sanglante progression, assiègent et bombardent les villes, semant la mort et la terreur, poussent la population à l’exode et laissent sur leur passage désolation et ruines. Marioupol est le symbole du martyre de l’Ukraine devenue le théâtre d’expérimentations militaires.

La stupeur, l’émotion se combinent à l’inquiétude, l’angoisse, et au sentiment d’impuissance qui cherche une réponse dans de multiples gestes de solidarité. Les discours d’indignation et de morale des médias va-t-en guerre paralysent toute compréhension, les cerveaux sont submergés par la propagande qui, ici aussi, ment. Macron, auto-promu à la fois diplomate et militaire en chef, instrumentalise la guerre à des fins électorales étouffant une opposition qui n’a d’autre politique que de se rallier à l’union nationale au nom de la solidarité avec la résistance du peuple ukrainien.

Dans la présentation de son programme à la presse ce jeudi 17 mars, le candidat Macron a déroulé son plan sécurité, discuté la veille en conseil des ministres, un plan de 15 milliards d’euros pour les 5 ans à venir, « historique » selon Darmanin. Il s’inscrit dans la nouvelle loi de programmation pour le Ministère de l’Intérieur (LOPMI) qui ne sera discutée au parlement qu’après la présidentielle. « Nous avons, ces cinq dernières années, réinvesti dans la sécurité : 3,5 milliards d’euros supplémentaires au budget du ministère de l’intérieur », « 25 % de plus », s’était félicité Macron, lors de son déplacement à Nice en janvier dernier. Lui qui souhaitait voir « plus de bleu dans la rue », entend doubler les effectifs de police sur le terrain d’ici à 2030 et créer 200 brigades supplémentaires de gendarmerie.

Mardi 2 mars, à l’unanimité, les syndicats de police ont signé avec Darmanin le premier volet de 773 millions d’euros de ce nouveau plan sécurité, un protocole de revalorisation des métiers de la police, à la grande satisfaction de ces syndicats et en particulier d’Alliance Police nationale, bien connu pour sa proximité avec l’extrême-droite.

Nous voudrions saluer la mémoire et le combat de notre camarade Alain Krivine qui nous a quitté.es samedi. Nous partageons avec les siens, ses proches, nos camarades du NPA, toutes celles et ceux qui ont partagé sa révolte, ses idées par-delà les divergences ou désaccords, l’émotion, la tristesse, le sentiment d’un manque que fait naître l’évocation de sa mémoire, des souvenirs, des multiples combats dans lesquels il était pleinement engagé.

Il était le symbole d’une génération, d’une époque, celle des révolutions anticoloniales, de la lutte contre le stalinisme, de l’attachement au trotskysme, de la révolution de 68 dont nous croyions qu’elle allait changer le monde… Il en restait et en restera la constante expression, la continuité, une belle vie de luttes et de fidélité révolutionnaire.

Exclu du PCF, puis fondateur de la JCR, il fut de cette phalange de jeunes qui, avant 68, avait eu l’audace, la force de caractère, l’indépendance d’esprit nécessaires pour faire vivre le mouvement trotskyste, ces organisations faibles et minoritaires qui permirent à celles et ceux qui rejoignirent le combat révolutionnaire après Mai 68 de s’approprier le capital politique qu’elles représentaient.

Les 12 candidats à l’élection présidentielle ont été validés lundi. Notre camarade Philippe Poutou a réussi à franchir le barrage antidémocratique des parrainages, une bonne nouvelle. La bataille du NPA pour être présent dans la campagne présidentielle vient souligner la justesse d’une politique indépendante anticapitaliste et révolutionnaire en contradiction avec la politique d’alliance avec la France Insoumise menée aux élections municipales avec la liste Bordeaux En Lutte (BEL) puis en Nouvelle Aquitaine aux élections régionales. Cette politique de la direction du NPA de recherche d’alliance avec la « gauche militante », mais concrètement dans la pratique avec une organisation bien institutionnelle, la LFI, avec laquelle les divergences sont patentes et pas que sur la guerre, a abouti à une impasse accentuée par l’éclatement de la liste BEL.

Le paradoxe est que le NPA a obtenu ses parrainages en affirmant la légitimité de sa candidature, son utilité en tant que candidat porte-parole d’un courant anticapitaliste, radical, révolutionnaire, dans sa critique du capitalisme. Cette affirmation politique en rupture avec la gauche institutionnelle ne peut que s’approfondir, se consolider par la logique du débat dans le contexte de la guerre en Ukraine, où tous les partis de gauche se rangent avec plus ou moins de zèle derrière l’Union sacrée voulue par Macron. Il n’y a que deux candidats sur les 12 qui ont exprimé clairement leur refus de l’Union sacrée : Nathalie Arthaud et Philippe Poutou, les seuls candidats se revendiquant de l’internationalisme !

L’odieuse agression de Poutine contre l’Ukraine a déjà causé des milliers de morts, contraint à l’exil plus de deux millions et demi de personnes, transformé des villes en champs de ruines, la barbarie de la guerre en Europe. Elle suscite partout réprobation, colère et révolte, inquiétude aussi tant elle bouscule profondément les rapports géopolitiques et l’économie mondiale, laisse entrevoir un avenir sombre où le pire devient possible. Elle déstabilise aussi les esprits submergés par une propagande qui joue des émotions pour étouffer la compréhension, paralyser la révolte.

Engagés dans cette guerre, les dirigeants européens se sont retrouvés jeudi et vendredi à Versailles. Au menu de ce sommet exceptionnel : le renforcement de la capacité de défense de l'UE, la réduction de sa dépendance énergétique, en particulier à l'égard du gaz, du pétrole et du charbon russes, le vote d’un budget destiné à financer l’envoi d’armes à l’Ukraine, la menace de nouvelles sanctions contre la Russie… Et l’ambition de Macron d’être l’initiateur d’une « Europe puissante », c’est-à-dire militariste.

Le 27 février, un collectif de féministes russes unies contre la guerre et l’occupation en Ukraine, Résistance féministe antiguerre, lançait un appel dans un manifeste 1 : « plus de 45 organisations féministes différentes opèrent dans tout le pays, de Kaliningrad à Vladivostok, de Rostov-sur-le-Don à Oulan-Oudé et Mourmansk. Nous appelons les féministes et les groupes féministes de Russie à rejoindre la Résistance féministe anti-guerre et à unir leurs forces pour s’opposer activement à la guerre et au gouvernement qui l’a déclenchée. Nous appelons également les féministes du monde entier à se joindre à notre résistance. Nous sommes nombreuses, et ensemble nous pouvons faire beaucoup : au cours des dix dernières années, le mouvement féministe a acquis un énorme pouvoir médiatique et culturel. Il est temps de le transformer en pouvoir politique. Nous sommes l’opposition à la guerre, au patriarcat, à l’autoritarisme et au militarisme. Nous sommes l’avenir qui prévaudra ».

Depuis le déclenchement de la guerre, les femmes russes sont au premier rang des manifestations, défiant Poutine et les oligarques malgré la répression, les menaces et les arrestations massives dont celle de l’activiste de 77 ans Elena Osipova, le 2 mars à Saint-Pétersbourg, dont les images ont fait le tour du monde, tenant une pancarte « Soldat, laisse ton arme et tu seras un vrai héros ». Le lendemain à Moscou des dizaines d’autres étaient arrêtées, certaines avec leurs enfants, pour avoir brandi des écriteaux « Non à la guerre ».

« Quand l’histoire de cette ère sera écrite, la guerre de Poutine contre l’Ukraine aura laissé la Russie plus faible et le reste du monde plus fort », a déclaré mardi dernier Biden parlant au nom du « monde libre » dans son discours devant le congrès américain sur l’état de l’union. Ce discours illustrait sa politique, dans la continuité de Trump, l’Amérique est de retour et, d’une certaine façon, se félicitait de ce que la folie expansionniste et l’aveuglement de l’autocrate grand-russe aient donné aux USA l’occasion de développer leurs projets militaristes, d’entraîner avec eux l’Europe et en particulier l’Allemagne, de tenter de les justifier vis à vis de l’opinion mondiale.

11 jours après le début de l’odieuse agression militaire de Poutine, commencent à se dessiner plus clairement les enjeux d’une guerre aux conséquences dramatiques, les contours et le contenu de « l’ère » du capitalisme militarisé que nous vivons. Loin d’engager un processus de désescalade les différents acteurs du conflit poursuivent leur fuite en avant belliciste en dépit de pourparlers entre l’Ukraine et la Russie. Alors que Poutine accentue son offensive guerrière criminelle, les États Unis autour de l’Otan, et, dans ce cadre, Macron à l’instar de l’ensemble des dirigeants de l’Union européenne, déploient une offensive militaire, politique, idéologique pour construire une union nationale et internationale contre la Russie pour les intérêts des puissances capitalistes occidentales avec la collaboration de Zelensky tout à son rôle de « héros de la liberté ».

L’invasion de l’Ukraine déclenchée par Poutine terrorise les populations et suscite à juste titre l’inquiétude partout dans le monde. Elle provoque de terribles souffrances, les morts et les blessés militaires et civils, l’exode de milliers de femmes, d’hommes, d’enfants, les destructions absurdes, un drame mais aussi un avertissement, une alarme qui nous concernent toutes et tous, ici en France mais aussi en Europe et dans le monde. Si Poutine en porte l’entière responsabilité, la guerre n’est pas la conséquence de sa seule paranoïa mais, bien plus globalement, celle de la folie des rivalités entre les grandes puissances, de la concurrence exacerbée par la faillite du système, de la lutte acharnée que se livrent les brigands capitalistes, grands ou petits, pour les zones d’influence, la folie d’un monde où les rapports de force pour l’appropriation des richesses produites par l’ensemble des prolétaires régissent les relations entre les États.

Après avoir reconnu l’indépendance des « républiques populaires » de Donetsk et Lougansk, régions séparatistes prorusses de l'est de l'Ukraine, proclamées en 2014 avec le soutien militaire de la Russie, Poutine y a envoyé ses troupes « maintenir la paix », c’est-à-dire occuper l’ensemble du Donbass pour l’annexer et déclarer la guerre à l’Ukraine pour la soumettre.

Face à la faillite globale du capitalisme, de nombreuses discussions traversent les milieux militants politiques, syndicaux et associatifs comme la campagne présidentielle sur comment formuler des perspectives pour unifier les luttes qui se développent, comment apporter une réponse globale pour sortir de l’impasse dans laquelle le système nous conduit.

Comme le disent Bernard Friot et Frédéric Lordon, l’anticapitalisme ne suffit plus, il faut aussi définir ce que l’on veut, donner un contenu plus concret à l’idée qu’un autre monde est nécessaire et possible, une société débarrassée des rapports d’exploitation, libérée de la logique mortifère de la course au profit, de la concurrence, de l’égoïsme de classe, une société où la production ne serve qu’à la satisfaction des besoins de toutes et tous, en harmonie avec notre environnement, le socialisme, le communisme.

« Tous les candidats à la présidentielle parlent d'augmenter les salaires et c'est une bonne chose ! » vient de se féliciter Philippe Martinez, le secrétaire de la CGT. Ils en parlent tous parce qu’ils ne peuvent échapper à la question dominante, celle du pouvoir d’achat, des salaires, des inégalités qui se creusent. Chacun y va de ses prétendues solutions, mais toutes s’inscrivent dans une même logique, retrouver la croissance, la compétitivité, le tout financé par l’endettement et surtout en empêchant toute hausse du « coût du travail », autrement dit poursuivre la même politique, celle du « quoi qu’il en coûte ».

Les candidats révolutionnaires, notre camarade Philippe Poutou et Nathalie Arthaud, sont, eux, sommés d’expliquer devant les médias, quand ils ne se voient pas opposer sans autre discussion un « ça n’est pas possible » péremptoire, comment ils financeraient les augmentations de salaire mais aussi les mesures pour la santé, l’éducation, les services publics... Et si le monde du travail est convaincu de l’urgence d’enrayer la baisse du pouvoir d’achat beaucoup pensent que les exigences que nous formulons sont certes légitimes mais utopiques, pas réalistes. Les nombreuses grèves pour les salaires qui se déroulent en ce moment restent défensives, tentant de s’opposer à des reculs inacceptables. D’autres revendiquent une répartition plus juste des gains de l’entreprise, comme à Dassault Aviation où les salariés demandent leur part du pactole généré par l’explosion des ventes du Rafale.

Pourtant, en fait, les augmentations de salaire de 400 euros net, un revenu minimum net de 2000 €, l’indexation des salaires sur le coût de la vie, comme toutes les exigences sociales que nous mettons en avant, ne formulent que ce que la société actuelle, le développement technique, économique permettraient de mettre à la disposition du monde du travail, des classes populaires pour que tous puissent vivre dignement, c’est-à-dire accéder aux biens et aux services créés par leur travail. Nous avons toute légitimité à exiger ce qui n’est que notre dû, par notre organisation, nos luttes sociales comme politiques, sans crainte de remettre en cause les fondements même de la société capitaliste, le pouvoir d’une minorité d’ultra riches.

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